Chapitre 1 – La forêt dans tous ses états
P o i n t s d e r e p è r e
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Les forêts seront donc au cœur des enjeux planétaires au vingt-et-unième
siècle. Mais qu’est-ce au juste qu’une forêt ? C’est la question à laquelle a
tenté de répondre le professeur Olivier Guillitte de l’Université de Liège en
Belgique.
La plupart des définitions des forêts en usage sont basées sur la présence en
densité et en hauteur des végétaux ligneux ainsi que sur la superficie minimale
considérée pour que des arbres se qualifient comme forêts. Les définitions sont
donc plus utilitaristes que fonctionnelles. On suppose que la présence des arbres
suffit à générer ou à préserver les fonctions de l’écosystème forestier. L’auteur
démontre que la mise en œuvre d’une économie verte basée uniquement sur
la forêt telle que définie sensu stricto par la FAO pourrait poser problème si
d’autres terres boisées ne sont pas incluses.
Par exemple, la définition de la FAO exclut la plupart des systèmes agro-
forestiers en zone soudano-sahélienne de la définition de forêts. Or, malgré la
hauteur limitée des arbres qu’on y retrouve et leur faible densité, ces systèmes
cumulent l’ensemble des fonctions écosystémiques d’une forêt (conserva-
tion de l’eau, fertilité et maintien des sols, biodiversité, captation de carbone)
sans interventions humaines majeures. La définition de la FAO en revanche
considère comme des forêts des plantations de palmiers à huile, d’euca-
lyptus ou d’hévéas exploitées à des fins industrielles dont les fonctions autres
qu’économiques sont fortement dégradées et qui ne peuvent se maintenir
sans des intrants humains importants.
Guillitte rappelle que le Millenium Ecosystem Assessment propose un
cadre qui consiste à considérer chaque milieu caractérisé par sa biodiversité
comme un écosystème réalisant un ensemble de fonctions écologiques qui
rendent des services écosystémiques à l’humanité, services dont elle peut tirer
des bénéfices financiers ou non, mais qui tous contribuent au bien-être de
cette humanité. L’intérêt de cette démarche est de pouvoir quantifier ou du
moins appréhender au final tous les bénéfices issus du bon fonctionnement
des écosystèmes.
Suivant cette approche, la forêt devrait donc être comprise comme un
écosystème qui exerce des fonctions écologiques essentielles :
• captation de l’énergie solaire et redistribution de cette énergie sur
laquelle l’homme peut agir à l’intérieur du système (éclaircies, modifi-
cation du peuplement…);
• transport et recyclage des minéraux et de la matière organique à travers
le réseau alimentaire dont l’homme peut faire partie;
• transport et redistribution des diaspores
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dont l’homme peut être un
agent;
2. Diaspore : toute cellule ou tout ensemble de cellules qui permet la reproduction végétative (par
bouturage, par transplantation de bulbes ou de plantes entières,…) ou sexuée (par spores, graines
ou fruits) d’une plante.