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Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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Les interventions humaines en forêt seront plus « humaines » et l’éco-
nomie forestière sera plus verte si certains éléments cruciaux sont mieux pris
en considération au vingt-et-unième siècle. Les impacts environnementaux
des activités en forêt doivent pouvoir se comprendre en lien avec la meil-
leure science. Les aspects socio-économiques doivent être discutés au niveau
local (parce que les humains sont infiniment divers et les écosystèmes aussi) et
au niveau global (parce que les pollutions n’ont pas de frontière). Ainsi, les usages
multipliés des ressources (notamment le marché du carbone et l’écotourisme), le
bien-être des communautés et la création et la répartition des richesses devraient
faire l’objet de discussion et de dialogue pour trouver des solutions innovantes et
respectueuses et même bienveillantes des uns, des autres et de la forêt. Les aspects
éthiques et symboliques enfin doivent être explicités. Ils sont souvent cryptés,
énoncés dans des émotions dont il est important de reconnaître l’existence, la
nécessité et la pertinence pour assumer avec responsabilité la communauté de
destin qui unit tout ce qui vit sur la terre.
C’est pourquoi réaliser une économie verte à partir de la forêt ne néces-
site pas seulement des connaissances sur les écosystèmes forestiers, mais aussi
sur la nature humaine. Par exemple, consommer toujours plus peut donner
l’illusion de la plénitude, mais le vide intérieur revient en force pour rappeler
que nous sommes aussi des êtres d’imaginaires, de symboles, de spiritualité en
lien avec ce qui est plus grand.
Inza Koné et ses collègues du Centre Suisse de Recherches Scientifiques
en Côte d’Ivoire et de l’Université d’Abidjan présentent l’analyse d’une mobili-
sation sociale inédite pour sauver la Forêt des Marais Tanoé-Ehy (FMTE), du
domaine rural dans le sud-est de la Côte d’Ivoire et y mettent en évidence le
rôle des logiques socioculturelles. Cette initiative a permis, en faisant appel aux
mythes et aux croyances traditionnelles d’une population indigène, une conser-
vation efficace d’un écosystème forestier et des espèces menacées de primates
qui y sont inféodées dans un pays où avec une perte de 67% des surfaces fores-
tières depuis 1960, les forêts restantes sont en train d’être totalement dégradées.
Le programme mis en œuvre par les partenaires du Centre suisse de
recherche en Côte d’Ivoire a pris en considération la culture, les mythes et
les explications des autochtones pour son action de sensibilisation. Il deve-
nait alors plus facile pour les populations locales de mener une lutte pour
préserver la FMTE au côté des autres acteurs, parce qu’elles ont appréhendé
l’« intérieur », c’est-à-dire par le biais de leur culture, l’essence même de cette
action et des activités menées par le programme.
En effet, les génies protecteurs des villages ne peuvent résider en dehors
des lieux et sites qui leur ont été consacrés par les ancêtres des populations
dont ils assurent la protection. Et même si les dépositaires de la tradition
avaient le pouvoir de leur aménager une nouvelle demeure, encore faudrait-il
que des forêts et autres lieux propices existent encore. La FMTE pourrait être