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Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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L’auteur nous rappelle d’abord que nous vivons dans un monde d’inter-
dépendance de plus en plus ressentie entre les composantes du monde vivant,
en particulier entre l’environnement biophysique (micro-organismes, champi-
gnons, végétaux et animaux, sous-sols, sols, air et eau) et les milieux humains
(organisations sociales, économiques et culturelles). Par exemple, tous les
types de forêts sont parsemés de fleuves, de rivières, de lacs et de ruisseaux
qui agissent en symbiose avec la végétation et le sol riverains. Cette interac-
tion entre les forêts, l’eau, les sols et la biodiversité est trop souvent ignorée.
Pourtant, les communautés qui vivent dans la forêt ou celles qui vivent en
aval dépendent pour leur approvisionnement d’eau en qualité et en quantité,
du maintien de forêts en bonne santé. De même, ce sont les forêts qui créent
les sols sur lesquels se pratiquera l’agriculture et qui stockent une partie de
l’excédent de CO
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produit par les activités anthropiques.
La majorité des politiques et des méthodes d’évaluation économique
rendant les utilisations non forestières des terres (agriculture, urbanisation,
extraction du sous-sol) plus rémunératrices que les activités forestières, il est
à craindre que les pertes de services environnementaux qui résultent de ces
transformations de la forêt pour d’autres spéculations ne feront qu’intensifier
les pressions poussant au déboisement et à la surexploitation des surfaces
forestières subsistantes ce qui ne peut que réduire les capacités d’adaptation
dérivées des forêts. Il serait donc essentiel de maintenir les forêts en bon état,
si celles-ci doivent être utilisées par les communautés pour s’adapter.
Les politiques du passé, orientées vers la maximisation du rendement
d’une vocation (exploitation, conservation), tendaient à négliger, ou même
à exclure, les communautés qui y trouvaient de quoi satisfaire leurs besoins.
Dans une économie verte, on devrait chercher à mettre en place des dispo-
sitions propres à faciliter la génération et le partage équitable des avantages
tirés des forêts. Toutefois, sans la reconnaissance juridique de leurs droits sur
les territoires forestiers et sans retour financier et socio-culturel des activités
qui s’y déroulent, les populations locales ne montreront ni intérêt ni courage
pour protéger et développer les forêts. Puisque ces populations ne sont pas les
seules à pouvoir bénéficier des services écosystémiques rendus par des forêts
en santé, les autres bénéficiaires devraient contribuer aussi à leur maintien.
Les scientifiques ne sont pas en mesure d’énoncer avec certitude des rela-
tions de cause à effet entre l’état d’un écosystème et la fourniture effective
d’un service, soit parce que les connaissances sont insuffisantes, soit parce que
les systèmes considérés sont par nature imprédictibles. Mais cette difficulté
de quantification n’enlève rien à la valeur de ces services et l’économie verte
devrait se faire un point d’honneur à les reconnaître.
Par exemple, les forêts continentales et les zones humides boisées jouent
un rôle crucial dans le cycle mondial de l’eau – le cycle de l’eau douce qui
assure la pérennité de la vie. Les forêts ont un effet significatif sur le taux