Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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Monika Bertzky de World Conservation Monitoring (WCMC-UNEP) et
ses collègues du Ministère de l’Environnement, Conservation Nature de la
RDC et de l’Observatoire Satellital des Forêts (OSFAC) à partir des données
collectées sur le terrain et d’analyses d’images satellitaires du bassin du Congo,
ont tenté de déterminer les bénéfices et les risques du mécanisme pour la
Réduction des Émissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des
forêts, la conservation des stocks de carbone forestier, l’aménagement durable
des forêts et l’augmentation des stocks de carbone forestier (REDD+). En
effet, même si l’on présume que le maintien et la bonne gestion des stocks de
carbone forestier peuvent jouer un rôle significatif dans la lutte aux change-
ments climatiques, les pressions demeurent fortes sur les forêts tropicales, sur-
tout dans les pays en développement. La CCNUCC a développé le REDD+
comme mécanisme pour atténuer ce problème en récompensant des activités
forestières qui diminuent les émissions de CO
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et favorisent sa captation. Le
REDD+ peut amener des bénéfices sur plusieurs plans, pour le climat, pour
les gens et pour l’environnement. Par exemple, la réduction de la déforesta-
tion et de la dégradation des forêts peut favoriser la biodiversité des massifs
forestiers et contribuer au maintien des services écosystémiques. Mais il y a
aussi des risques au REDD+ qu’il convient d’éviter. Par exemple, des planta-
tions d’espèces exotiques visant à augmenter les stocks de carbone pourraient
avoir des effets pernicieux sur la biodiversité locale.
Plusieurs pays en voie de développement se préparent à mettre en œuvre
le REDD+ et se sont fixé des objectifs pour des bénéfices multiples. Pour y
arriver, ils devront intégrer à leur planification l’identification d’options pré-
férables en rapport avec leur contexte national spécifique, leurs priorités et
leurs besoins. Des analyses spatiales et la cartographie des risques et bénéfices
escomptés du REDD+ peuvent les aider à prendre des décisions sur l’oppor-
tunité de faire certains projets. Les auteurs ont effectué une telle analyse pour
explorer les bénéfices ancillaires pour la biodiversité de projets REDD+ et en
présentent ici les bénéfices pour la République démocratique du Congo.
Les résultats confirment qu’il existe un fort potentiel de bénéfices pour la
biodiversité associés à la mise en œuvre de projets de REDD+ dans ce pays.
En effet, les régions qui contiennent les plus forts stocks de carbone se super-
posent à l’aire de répartition de trois espèces de grands primates ainsi qu’avec
d’importantes zones d’intérêt pour les oiseaux sauvages. Les aires protégées
de RDC peuvent ainsi contribuer à maintenir à la fois les stocks de carbone
biogénique et des éléments uniques de la biodiversité du pays. Cependant, leur
contribution réelle dépend de la façon dont on pourra réduire les pressions
anthropiques comme la déforestation dans ces mêmes zones (voir l’article de
Carlos de Wasseige au chapitre 5).