Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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Nous serons sans doute un peu plus de 9 milliards d’habitants en 2050 et
la souhaitable élévation du niveau de vie des plus pauvres devrait aller de pair
avec une consommation accrue de produits animaux (lait, œufs et viandes)
et de biens manufacturés dont la fabrication va exiger une consommation
encore plus rapide de biomasse végétale : du bois pour l’énergie, la pâte à
papier et la construction, du fourrage pour l’alimentation animale, des fibres
pour les industries textiles, des molécules médicinales pour la pharmacopée,
du latex ou diverses résines pour le caoutchouc et diverses gommes, des
plantes odorantes pour les essences à parfums, du saccharose ou des huiles
pour les agrocarburants, etc.
Dans son analyse, Marc Dufumier s’intéresse d’abord aux facteurs qui
causent la dégradation des forêts et qui sont liés à l’extraction de ces res-
sources. Il en relève cinq principaux : la surexploitation des bois dans les
zones tropicales, la surexploitation du bois pour l’énergie, la savanisation par
agriculture d’abattis brûlis, l’agriculture de front pionnier et le surpâturage lié
au sylvo-pastoralisme. Sauf le premier, qui est largement le fait des entreprises
et qui peut être régulé par une meilleure gouvernance ou par la certification
forestière, les quatre autres, tout comme la majorité des coupes illégales qui
représentent de 20 à 40 % des bois coupés en zone tropicale, sont le fait de
populations pauvres ou extrêmement pauvres qui ont peu ou pas le choix de
faire autrement pour assurer leur subsistance. Il y a donc encore aujourd’hui
un lien fort entre la pauvreté et la dégradation des forêts comme cela s’est
produit à l’époque pré-industrielle en Occident. L’importance relative de ces
causes n’est pas égale : si la surexploitation par les opérations forestières peut
être tenue responsable de 6 % des pertes de territoires forestiers, cette propor-
tion est de 8 % pour le bois énergie et de 85 % pour les pratiques agricoles et
sylvo-pastorales. Cette dernière catégorie de pertes n’est pas seulement attri-
buable à l’action directe des populations pauvres qui pratiquent par exemple
l’abattis-brûlis, mais peut résulter en grande partie à la mise en culture de
terres par des grandes entreprises d’agriculture industrielle, ou encore résulter
d’une cascade de causes associées, par exemple, à la pénétration des massifs
forestiers par des routes qui en permettent la colonisation. La figure 8 montre
quelques-unes des causes directes et sous-jacentes de la déforestation.