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Chapitre 4 – Les services d’approvisionnement
P o i n t s d e r e p è r e
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2. plus sûres. Les paysans ne peuvent pas accepter d’abandonner leur
production vivrière pour des spéculations aléatoires. Les risques à
minimiser sont pédo-climatiques, biologiques et commerciaux;
3. aisément transportables. Elles doivent être robustes et non-péris-
sables pour supporter des conditions de transport longues et difficiles
avant d’accéder aux différents marchés. La valeur par unité de masse
et de volume doit être élevée pour permettre un transport économi-
quement rentable surtout dans des régions éloignées des marchés.
Du fait du relief accidenté et de l’enclavement, le Laos n’a pas d’avan-
tages comparatifs à produire des commodités de base en concurrence sur le
marché mondial avec des voisins mieux dotés. Au contraire, les étagements en
altitude et en latitude, associés à la diversité culturelle des paysans des mon-
tagnes, confèrent au pays une opportunité pour des productions agricoles
diversifiées visant des marchés de niche, à forte valeur ajoutée. Cette logique
économique est synergique avec l’intérêt écologique de ces productions agro-
forestières qui limitent la déforestation et contribuent au stockage du carbone.
Cependant, s’en remettre à la seule main invisible du marché pour développer
cette synergie est certainement utopique. L’intervention publique est requise,
notamment pour permettre la rémunération des services environnementaux
que produisent les paysans pratiquant l’agriculture d’abattis-brûlis et l’agrofo-
resterie associée.
Dans un contexte où des populations pratiquant l’abattis brûlis sont en
croissance démographique, une économie verte visant à réduire la pauvreté
devrait s’orienter vers des productions à haute valeur, compatibles avec les
savoirs culturels et avec la préservation des fonctions des forêts. Encore une
fois, le paiement pour les services environnementaux peut être une façon
d’améliorer le sort de ces populations et les encourager à maintenir les forêts
en état.
Malgré les bénéfices escomptés de l’agroforesterie, sa pratique n’est pas
garantie lorsque les populations voient leur profit ailleurs. C’est la situation
que décrit Laurène Feintrenie du CIRAD en France avec l’analyse de la trans-
formation d’agroforêts en plantations de palmiers à huile en Indonésie.
Suite au développement de plantations d’hévéa, de caféier et de cacaoyer
sur de grandes surfaces autrefois occupées par la forêt, des petits planteurs se
sont rapidement installés autour des grandes plantations. Dans certains cas,
comme dans le secteur hévéicole indonésien, ils représentent la principale
source de production, en compétition avec les compagnies agro-industrielles.
Le mode de diversification agricole longtemps privilégié par les paysans est la
plantation de cultures pérennes dans les essarts cultivés en riz pluvial (‘
ladang’)
,
jusqu’à la transformation de ceux-ci en plantations à la physionomie fores-
tière où sont associées plusieurs espèces arborées aux utilisations multiples :
les agroforêts, systèmes agroforestiers complexes. Ces systèmes de culture