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L’approvisionnement responsable, au cœur du modèle d’affaires

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L’économie circulaire est un modèle économique qui va bien au-delà du recyclage. C’est un modèle qui vise à «découpler la croissance économique de l’épuisement des ressources naturelles et des impacts sur l’environnement par 2 principaux mécanismes:

  1. Repenser nos modes de production-consommation pour consommer moins de ressources et protéger les écosystèmes qui les génèrent.
  2. Optimiser l’utilisation des ressources qui circulent déjà dans nos sociétés». (Source : Québec circulaire)

L’économie circulaire repose donc sur un certain nombre de principes et de stratégies, dont la consommation et les approvisionnements responsables, ou achats durables. Ceux-ci consistent, selon l’Espace de concertation sur les pratiques d’approvisionnement responsable (ECPAR), à «intégrer des critères environnementaux, sociaux et économiques aux processus d’achats des biens et services, comme moyen de réduire l’impact sur l’environnement, d’augmenter les bénéfices sociaux et de renforcer la durabilité économique des organisations, tout au long du cycle de vie des produits.»

Concrètement, cela peut se traduire par privilégier des achats locaux favorisant le développement socio-économique et une meilleure répartition des richesses; privilégier la location ou l’économie de fonctionnalité plutôt que l’achat; opter pour des produits à faible impact carbone; ou encore considérer des critères de circularité.

L’approvisionnement responsable bénéficie même d’une norme internationale. Depuis 2017, la norme ISO 20 400 «fournit aux organisations, quelle qu’en soit la taille ou l’activité, des lignes directrices pour intégrer la responsabilité sociétale dans leurs processus achats, comme décrit dans l’ISO 26000». Selon l’ISO, «les achats responsables représentent une opportunité d’apporter une valeur ajoutée à l’organisation en améliorant sa productivité, en évaluant sa valeur et ses performances, en facilitant la communication entre les acheteurs, les fournisseurs et toutes les parties prenantes, tout en encourageant l’innovation.» (Source : ISO)

Les approvisionnements responsables sont d’ailleurs au cœur de l’Objectif de développement durable (ODD) no. 12, Établir des modes de consommation et de production durables. La cible 12.7 précise: «Promouvoir des pratiques durables dans le cadre de la passation des marchés publics, conformément aux politiques et priorités nationales».

Il est donc déjà bien documenté que les passations de marchés publics peuvent être de formidables leviers de développement durable et d’accélération de l’économie circulaire, sachant qu’elles peuvent représenter plus de 30% du PIB dans les pays en développement et entre 10% et 15% dans les pays développés.

Mais comment stimuler la demande pour des biens et services durables? Quels leviers et freins, quelles lois, règlements, incitatifs devraient être mis en place? La normalisation en matière d’économie circulaire peut-elle encourager les approvisionnements responsables? Quels critères à intégrer dans les processus d’achats, publics ou privés, en particulier dans les pays en développement? Pour quels bénéfices? Plus concrètement, sur quelles bases décrète-on qu’un achat est responsable? Avec quels indicateurs? Peut-il y avoir des différences en fonction des contextes nationaux? Quels sont les besoins de formation et de renforcement de capacités des responsables achats dans les entreprises et organisations? Quels outils ou méthodes (analyse de cycle de vie, calcul du coût total de propriété, etc.) peuvent faciliter la prise de décision? Comment vérifier les fournisseurs? Comment assurer une transparence dans les processus publics d’appel d’offre? Comment stimuler la demande auprès du consommateur lambda, comment l’encourager à privilégier lui-même des achats durables?

D’un autre côté, comment stimuler l’offre de produits et services durables, en particulier par les petites et moyennes entreprises? En quoi les achats responsables peuvent apporter une valeur ajoutée à l’entreprise, voire même être au cœur du modèle d‘affaires? Quel intérêt pour une jeune entreprise, et notamment dans un pays en développement, à intégrer des critères d’achats responsables? Surtout en sachant que dans le pays en développement, jusqu’à 90% des emplois sont créés par les PME, mais qu’elles sont aussi les plus à risque? Quelles modifications doit-on apporter aux modèles d’affaires classiques pour offrir des produits et services durables? Qui sont aujourd’hui les acteurs de filières écoresponsables? Y a-t-il des entreprises d’économies sociales et solidaires suffisamment bien implantées pour pouvoir répondre aux appels d’offre nationaux? Les approvisionnements responsables sont-ils compatibles avec le secteur informel?

Quelle est la réalité en Afrique et ailleurs dans les pays en développement? Dans quels secteurs peut-on faire des approvisionnements responsables? Quels sont les besoins, défis, enjeux des entreprises pour stimuler la demande de produits et services durables ou en accroître l’offre? Comment l’Organisation internationale de la Francophonie peut-elle accompagner les jeunes entreprises pionnières à intégrer graduellement dans leurs modèles d’affaires la notion d’approvisionnements responsables? L’approvisionnement responsable peut-il réellement être un levier de développement durable, ou sera-t-il un obstacle supplémentaire pour les PME des pays en développement, privés des investissements nécessaires en nouvelles technologies propres, incapables d’offrir des produits et services durables de façon concurrentielle? Un bien et service durable peut-il même être économiquement concurrentiel?

L’application des principes et critères d’approvisionnement responsable pose un nombre incalculable de questions et de défis. C’est peut-être pour cela qu’il est plus facile, pour les gouvernements, organisations et entreprises, de maintenir leurs critères d’achat tout simplement sur le coût le plus bas. Devant les crises climatiques et de biodiversité actuelles, il apparaît évident que les pays, les organisations et les entreprises doivent être plus cohérentes entre les valeurs environnementales qu’elles prônent et leurs pratiques d’achats, et ainsi accélérer l’atteinte des objectifs de développement durable.

C’est pourquoi les approvisionnements responsables seront un jour la norme: parce qu’ils sont incontournables.

En matière d’approvisionnement responsable, le secteur public doit faire preuve d’exemplarité. Le secteur de la formation et de la recherche doit faciliter l’innovation. Les investisseurs doivent faire confiance aux jeunes entrepreneurs qui proposent des modèles d’affaires orientés sur les achats responsables. La société civile doit continuer de demander davantage de produits et services durables. Les organismes multilatéraux, tels que l’OIF, doivent favoriser les partenariats entre les différents acteurs pour soulever les défis et enjeux de l’approvisionnement responsable, et faire preuve eux aussi d’exemplarité dans leurs achats.

Il en revient donc aux entreprises d’anticiper, dès à présent, ce changement de paradigme. Il leur revient d’innover, de se démarquer, de faire de l’approvisionnement responsable une valeur d’entreprise, une marque de commerce.

Inscrivez-vous au prochain séminaire en ligne de l’IFDD: «L’approvisionnement responsable, au cœur du modèle d’affaires». Mercredi le 19 mai 2021, 14H TU/GMT

Intervenants:

  • Mme Aure Adell, Experte-conseil, Espace de concertation sur les pratiques d’approvisionnement responsable : Quand l’approvisionnement responsable devient la norme.
  • M. Adam Malla, Directeur de MALLA GROUPE
    : Développer une filière de récupération et de recyclage de cartouches d’encre au Bénin, un témoignage.
  • Mme Adjara Diouf, Coordonnatrice, Direction de la Francophonie économique et numérique, OIF
    : Devenir une entreprise pionnière de l’approvisionnement responsable.