Page 9 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_01

Basic HTML Version

1-6
d’humains leurs moyens d’existence. Uniquement dans le secteur de l’extraction primaire du bois,
la FAO estimait en 2005 que plus de 10 millions et demi d’emplois dépendaient de la forêt.
L’exploitation de ces produits peut se faire de manière durable, mais malheureusement, le dernier
siècle a montré trop souvent que l’avidité des marchés et la courte vue des responsables
nationaux ou locaux ont conduit à l’appauvrissement ou à la disparition des écosystèmes
forestiers.
Enfin, les besoins de terres pour l’agriculture exercent une pression supplémentaire sur les
massifs forestiers, particulièrement en zone tropicale où la démographie est encore croissante et
la pauvreté endémique. Malgré leur richesse, l’exploitation non durable des forêts génère
localement plus de misère et de précarité qu’autre chose.
Creuset de notre évolution, les forêts sont aujourd’hui mises en péril par le développement non
durable de l’économie mondiale. Si la nature s’invente d’elle-même depuis la nuit des temps, il
nous faut aujourd’hui tenter une conciliation entre la résilience des écosystèmes forestiers et le
désir de développement des humains. Mais d’abord, examinons à l’aide de quelques indicateurs
les forces et les pressions qui agissent sur les forêts du monde.
Encadré 2. Forêts et développement
Depuis l’âge des agriculteurs, la forêt est considérée comme un obstacle au développement.
Aujourd’hui, elle est perçue comme le dernier refuge de la « naturalité ». Pour ceux qui vivent
près des forêts, l’abondance perçue diminue la valeur relative. Ces éléments sont propices à
des controverses socio-environnementales entre citadins et ruraux par exemple. Mais la forêt
est un stock de ressources qui s’exploite en peu de temps et peut prendre des générations à
se reconstituer. Enfin, la rentabilité des opérations de gestion forestière est faible et le retour
sur investissement très lent. Ces conditions rendent peu attrayantes au point de vue financier
les interventions de gestion durable des forêts. Cette complexité, ce rapport au temps et aux
valeurs sociales changeantes représentent un défi en termes d’économie verte si l’on veut que
les forêts soient gérées durablement.
Claude VILLENEUVE
, Chaire en éco-conseil, UQAC.
Les forces directrices et les pressions sur les forêts
Comme l’indique la figure 2, les forêts mondiales sont soumises à des forces directrices
associées à la trajectoire actuelle de l’humanité qui induisent des pressions sur les écosystèmes
forestiers. Ces forces directrices ne sont pas uniquement associées aux forêts, mais elles
engendrent des pressions qui s’exercent directement sur celles-ci.
Par exemple, la croissance démographie influence localement les pressions de déforestation et
globalement l’utilisation des terres, qui va créer une demande plus forte pour transformer des
forêts en zones agricoles. Les changements climatiques pour leur part sont une force directrice
qui tend à être influencée par le changement d’utilisation des terres, mais qui menace les
écosystèmes forestiers en zone tropicale et peut les favoriser en zone boréale, quoique