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2.2 Mobilisation sociale inédite pour sauver une forêt du
domaine rural dans le Sud-Est de la Côte d’Ivoire : le
rôle des logiques socioculturelles
Inza KONE
1,2
, K.E.GLEANOU
1,3
, D.A.KOFFI
1,4
, A AGNISSAN.
3
, D.A ZADOU.
1,3
, G.J.IBO
3,5
1
Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire, 01 BP 1303 Abidjan 01;
inza.kone@csrs.ci
2
UFR Biosciences de l’Université de Cocody, Abidjan;
3
Institut des Sciences Anthropologiques et de Développement de l’Université de Cocody,
Abidjan;
4
Université d’Abobo-Adjamé / URES Daloa,
5
UFR des Sciences de l’Environnement de l’Université d’Abobo-Adjamé
Introduction
Le taux de déforestation enregistré en Côte d’Ivoire est l’un des plus élevés au monde. Depuis
1960, date d’acquisition de son indépendance politique, ce pays a perdu plus de 67 % de son
couvert forestier orignal (Tockman, 2002). La situation dans la plupart des parcs et réserves de
ce pays est loin d’être reluisante et est encore plus dramatique dans le domaine rural où la
plupart des forêts sont vouées à une disparition totale sous l’effet d’une exploitation anarchique
par une population en forte croissance et même par des industriels qui ne se conforment pas
toujours aux règles établies (Lauginie, 2007). Cet état de fait est favorisé, notamment par le
laxisme et la faiblesse des capacités institutionnelles dans le domaine de la conservation de la
nature ainsi qu’à une méconnaissance générale des enjeux de la conservation des forêts, en
particulier dans le domaine rural.
En 2010, les presses nationale et internationale relataient abondamment une victoire historique
des écologistes sur une multinationale agroindustrielle qui avait entrepris, deux ans plus tôt, de
raser des milliers d’hectares de la Forêt des Marais Tanoé-Ehy (FMTE), une forêt du domaine
rural située dans l’extrême sud-est de la Côte d’Ivoire. Cette victoire historique a été perçue
comme étant la résultante d’une mobilisation sociale inédite suscitée par une équipe de
scientifiques du CSRS et des ONG nationales dans une campagne de protestation. En fait,
l’historique de cette mobilisation sociale remonte à l’initiation, depuis septembre 2006, d’un
programme pilote de gestion communautaire de la FMTE. Cette approche tranche avec les
politiques traditionnelles de conservation des écosystèmes caractérisées par l’exclusion des
communautés locales.
Le programme pilote de gestion communautaire de la FMTE renferme plusieurs composantes,
dont la recherche scientifique, la sensibilisation, la surveillance, l’appui au développement local et
les démarches pour le classement de ladite forêt en aire protégée. Son but est d’assurer la
conservation à long terme de la FMTE en soutenant entre autre activité, le processus de
classement de cette forêt en Réserve Naturelle Volontaire.