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Après l’identification des ressources clés à protéger au bénéfice des communautés concernées
vient l’étape du marquage et la protection des arbres, des lieux sacrés, des lieux de chasse, de
pêche et de cueillette.
Figure 6. Marquage et protection des arbres ayant une importance particulière pour les
communautés autochtones (Photo Norbert Gami, Projet TFT et CIB, Cellule
d’Aménagement CIB, Pokola)
Bien qu’elles constituent des modèles perfectibles d’intégration des connaissances traditionnelles
et locales dans les systèmes d’aménagement des forêts de production et de conservation de la
biodiversité, ces expériences traduisent dans les faits la dynamique de reconnaissance des droits
des populations autochtones dans la gestion des forêts et la conservation de la biodiversité. Elles
attestent que les populations locales et autochtones sont, tout autant que les conservateurs et les
aménagistes modernes, des fins connaisseurs et dépositaires des savoirs utiles à la gestion
durable des forêts et à la conservation de la biodiversité.
Ces démarches matérialisent enfin la reconnaissance progressive des droits des populations
autochtones dans la gestion forestière et de l’acceptation du fait qu’elles sont, tout autant que les
États et leurs partenaires (sociétés forestières, organismes de conservation, safari, projets, etc.)
des parties prenantes fondamentales de la gestion des écosystèmes forestiers. Elles traduisent
dans les faits la prise en compte du pluralisme dans la conservation et l’utilisation des ressources
forestières (Nguinguiri J-C., Mouncharou G. et Augustat K., 2000; Karsenty A., 1999 ; Dubois O.,
1997). Elle permet d’établir la gestion partagée des forêts, la coexistence des droits d’accès et
d’usages légaux et coutumiers des ressources forestières, à travers le dialogue, la concertation et
le respect des intérêts, des droits et des obligations mutuels.
L’approche classique de la gestion forestière qui accordait aux structures de l’État le privilège de
décider seul du sort de la forêt, au détriment des populations qui entretiennent depuis des
millénaires des relations étroites avec elle, qui y vivent et en vivent, relève, progressivement,
dans ce contexte précis, du passé. Cette démarche pluraliste, enchâssée dans la gestion
participative, reconnaît et concilie les intérêts multiples dans la gestion forestière et
responsabilise les populations. Il faut envisager son institutionnalisation, avec des adaptations