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Malgré les bénéfices escomptés de l’agroforesterie, sa pratique n’est pas garantie lorsque les
populations voient leur profit ailleurs. C’est la situation que décrit Laurène Feintrenie du CIRAD
en France avec l’analyse de la transformation d’agroforêts en plantations de palmiers à huile en
Indonésie.
Suite au développement de plantations d’hévéa, de caféier et de cacaoyer sur de grandes
surfaces autrefois occupées par la forêt, des petits planteurs se sont rapidement installés autour
des grandes plantations. Dans certains cas, comme dans le secteur hévéicole indonésien, ils
représentent la principale source de production, en compétition avec les compagnies agro-
industrielles. Le mode de diversification agricole longtemps privilégié par les paysans est la
plantation de cultures pérennes dans les essarts cultivés en riz pluvial (‘
ladang’)
, jusqu’à la
transformation de ceux-ci en plantations à la physionomie forestière où sont associées plusieurs
espèces arborées aux utilisations multiples : les agroforêts, systèmes agroforestiers complexes.
Ces systèmes de culture résultant de l’innovation paysanne répondaient aux besoins monétaires
des paysans non couverts par le
ladang
tout en maintenant une biodiversité élevée et une
couverture de type forestière. Les principales fonctions écologiques de la forêt sont conservées
dans les agroforêts, tant concernant la régulation des ressources hydriques et du microclimat que
la protection du sol. Cependant, les qualités environnementales des agroforêts ne sont pas au
cœur des préoccupations des paysans. Elles sont en réalité le résultat d’une économie en temps
de travail par l’absence de lutte contre les adventices, ce qui permet le recrû forestier entre les
plants d’hévéa, la production de plusieurs produits de consommation courante sur une même
parcelle et la conservation d’une certaine tradition agricole.
La multiplication des marchés villageois où se vend à bas prix une grande variété de produits
agricoles, forestiers et manufacturés, rend la récolte de nombreux produits forestiers et
agroforestiers pour un usage familial peu rentable. Les populations locales choisissent soit de se
spécialiser dans la commercialisation de tels produits (2 % des familles), soit, pour la majorité des
villageois, préfèrent se consacrer à des activités plus rémunératrices (agricoles ou non). La faible
rentabilité des agroforêts est donc leur principale faiblesse face aux plantations monospécifiques
à haut rendement, qu’elles soient d’hévéa ou de palmier à huile.
Les prix élevés du caoutchouc naturel et de l’huile de palme durant les deux dernières décennies
ont induit un développement rapide des plantations dans la région et un fort développement
économique accompagné d’une nette amélioration des conditions de vie des populations locales.
La période actuelle marque ainsi une étape majeure de la transition agraire dans la région, avec
une forte augmentation de la proportion de population non-agricole. Sortir de l’agriculture est
perçu comme une réussite sociale et est associé dans l’imaginaire collectif à une vie plus
moderne et au confort urbain.
La majeure partie des agroforêts sont donc aujourd’hui transformées en plantations de palmier à
huile dont les bénéfices sont partagés entre les agriculteurs et les industriels. L’auteure cite pour
cela trois raisons : (1) la valorisation économique et le retour sur investissement de la plantation