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Une évolution menacée
Ces transformations profondes de l’agriculture résultent avant tout de l’initiative des familles
paysannes, mais elles ont aussi été conditionnées par les moyens qui leur ont été fournis. Les
politiques agricoles de stabilisation des prix, de subvention aux intrants et surtout de crédit
agricole ont ici joué un rôle crucial.
Le désengagement de l’État qui a marqué les années 90 a ainsi fortement défavorisé les jeunes
agriculteurs qui se sont installés au cours des vingt dernières années. Les filières cotonnières ont
été largement privatisées et même lorsque le crédit agricole a été maintenu, il repose sur des
groupes de caution solidaire dont les familles les plus modestes sont généralement exclues.
Dans ces conditions, l’acquisition de la traction attelée est très difficile.
Surtout, cette révolution agricole apparemment purement technique se double en réalité d’une
véritable révolution foncière. Désormais chaque agriculteur et lui seul exploite à sa guise sa
parcelle tous les ans et tout au long de l’année. La vaine pâture qui suivait encore il y a peu la
récolte n’est plus possible dans ces parcelles encloses. Les résidus de culture qui occupent une
place majeure dans l’alimentation des bovins en saison sèche ne sont plus accessibles à tous. La
constitution de troupeaux est donc elle aussi compromise pour les jeunes agriculteurs.
Jusqu’au début des années 2000, ces derniers ont pu migrer dans les plantations de cacao de
Côte d’Ivoire où des conditions de travail relativement favorables les attendaient. Mais les récents
événements qui ont secoué le pays ont fortement compromis cette alternative. Les jeunes
agriculteurs n’ont donc d’autres choix, avec un équipement manuel de repratiquer les systèmes
de culture sur abattis-brûlis. Mais les surfaces réduites dont ils disposent n’autorisent
généralement que des friches courtes (de l’ordre de 5 années) bien insuffisantes pour assurer
une bonne reproduction de la fertilité.
Par ailleurs, le droit coutumier entre désormais en phase avec la législation foncière nationale.
Ainsi au Burkina Faso la loi sur le domaine national, édictée en 1964, stipule que toute parcelle
non mise en valeur relève du domaine national et non de l’autorité villageoise (Faure, 1995). Dès
lors, ces terres « non mises en valeur » peuvent être vendues et il est à craindre que la brousse
si consciencieusement protégée par la paysannerie ne fasse l’objet de prochains accaparements
de terre...
Au sein même des villages, un véritable marché foncier s’installe peu à peu (Mathieu
et al.
, 2002)
et au lieu de profiter aux jeunes villageois, les terres sont parfois réservées à des investisseurs
extérieurs. Ainsi dans la région de Kompienga au Burkina Faso, des commerçants ont
récemment investi leur capital dans le foncier. Dans ces exploitations patronales, la majeure
partie du travail est fournie par une main-d’œuvre salariée. Afin de réduire ces coûts salariaux,
les propriétaires ont récemment acquis des tracteurs. Les labours plus profonds impliquent de
débarrasser les parcelles du parc arboré. Et pour amortir ces équipements, les systèmes de
production sont spécialisés dans les grandes cultures. En l’absence de troupeau bovin, la