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4.5 De l’abattis-brûlis à l’agroforesterie au Nord Laos
Olivier DUCOURTIEUX,
AgroParisTech, 16, rue Claude Bernard, 75005 Paris,
ducourtieux@agroparistech.fr
Introduction
L’agriculture d’abattis-brûlis est un système agraire important dans les régions forestières
tropicales, tant par les surfaces mobilisées pour le nombre de paysans impliqués (Mertz et al.,
2009; Thrupp et al., 1997).
Figure 20. Champ d’abattis-brûlis au Nord Laos (Samlang, 2003)
À l’instar de la figure 20, émotionnellement choquante pour nombre d’entre-nous, l’agriculture
d’abattis-brûlis est une pratique décriée (Bandy
et al., 1993). Considérons les trois assertions
suivantes, factuellement établies :
(i)
l’agriculture d’abattis-brûlis a joué un rôle important dans
l’histoire de la déforestation de notre planète (Mazoyer et Roudart, 1997);
(ii)
la couverture
forestière continue de se réduire, à un rythme élevé dans les régions tropicales (FAO, 2011);
(iii)
les pratiques agricoles d’abattis-brûlis perdurent dans nombre de ces régions (Schmidt-Vogt
et al., 2009). Il semble logique d’associer ces phénomènes dans des relations de causalité :
l’agriculture d’abattis-brûlis est, par la déforestation qu’elle induit, la cause d’une dégradation
importante de l’environnement mondial. La cause semble entendue : une transition agraire est
souhaitée de longue date par de nombreux scientifiques (Palm, 2005), les pouvoirs politiques et
les médias. Par exemple, l’Agenda 21 du Sommet de Rio de 1992 stipule l’objectif de «
limiter
l’agriculture itinérante ayant des effets destructeurs et s’efforcer d’y mettre fin, en s’attaquant à
ses causes sociales et écologiques profondes
». En Asie du Sud-Est, la question est prégnante et
recoupe les rapports de force entre les pouvoirs de plaine et les minorités ethniques des
montagnes (Fox et al., 2009; Padoch et al., 2007).