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transférant, tout au moins en partie, la responsabilité directe de la gestion de ces dernières.
L’attribution officielle de ces zones aux communautés riveraines permet, en principe, de sécuriser
les droits d’usage de ces dernières vis-à-vis de potentiels utilisateurs externes comme les
braconniers et surtout les entreprises de safari. La création des ZICGC permet également aux
populations d’avoir accès, de façon indirecte, aux ressources fauniques des aires protégées dans
la mesure où ceux de ces espaces communautaires, contigus aux parcs nationaux, reçoivent le
« trop plein » des animaux venant de ces derniers. De ce point de vue, les ZICGC sont perçues
comme un des moyens de « réparation » du préjudice subi par les riverains suite à la création
des parcs de Lobéké, de Boumba Bek et de Nki.
En s’accaparant seuls les retombées financières de la chasse sportive, l’État causait un préjudice
aux populations locales qui sont les « propriétaires » et « gardiens » de ces ressources. Grâce au
nouveau code forestier, ces populations reçoivent désormais une part (10 %) de la taxe
d’affermage des ZIC. Elles bénéficient également des sommes (10 % en sus de la taxe
d’abattage) mobilisées dans le cadre d’un arrangement local entre les concessionnaires de
chasse sportive, les communautés, les communes et l’administration locale. Dans le cadre de cet
arrangement local (Convention de Mambélé), les concessionnaires de chasse sportive ont
accepté de faire une contribution volontaire au développement local à travers une taxe
supplémentaire versée dans les comptes des communautés. Ces deux sources de revenu, ainsi
que la location des ZICGC, permettent, chaque année, de dégager, en moyenne, une trentaine
de millions de FCFA (environ 75.000 US $) pour les microprojets communautaires. Gérer cet
argent convenablement suppose un minimum de capacités qu’on ne retrouve pas toujours au
sein des communautés concernées.
À partir de 2001, dans le but d’améliorer les capacités des populations à gérer les ZICGC et les
retombées financières de la chasse sportive, les services locaux de l’administration forestière, la
GTZ et le WWF organisent, presque chaque année, au moins deux séances de formation au
bénéfice des instances de gestion des COVAREF. Au total, de 2001 à 2010, près de 400
personnes, issues de 9 COVAREF, ont bénéficié de plusieurs cycles de formation sur des thèmes
relatifs à la gestion administrative, financière et comptable des organisations paysannes,
l’animation rurale, la valorisation multiforme des territoires de chasse, l’identification, la
planification, l’exécution et le suivi des microprojets communautaires, la sécurisation des ZICGC,
l’inventaire faunique et le suivi de la faune. Ce processus a permis aux leaders villageois
concernés de bénéficier directement de l’assistance technique des organisations internationales
en matière de renforcement des capacités. Ces formations apportent ainsi également des
éléments supplémentaires à la réponse à l’argument selon lequel, l’État ne décentralise pas la
gestion des ressources naturelles entre autres parce que les populations n’ont pas les capacités
techniques pour les gérer.