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5. 7 Bouleversements réguliers des cadres juridique et
institutionnel de la gestion des forêts en Côte d’Ivoire :
quand il ne suffit pas de légiférer et mettre en place des
institutions
Inza KONE et al.
Inza KONE I.
1,2
, KOUADIO A.S.
3,
ZADOU D.A.
1,4
, GLEANOU K. E.
1,4
et IBO G.J.
3,4
1. Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire, 01 BP 1303 Abidjan 01, Email :
inza.kone@csrs.ci
2. UFR Biosciences de l’Université de Cocody, Abidjan, Email :
kouadioal@hotmail.com
3. UFR des Sciences de l’Environnement de l’Université d’Abobo-Adjamé
4. Institut des Sciences Anthropologiques et de Développement de l’Université de Cocody,
Abidjan
Introduction
À l’instar d’autres pays africains, la politique de protection de la nature en Côte d’Ivoire date de
l’époque coloniale d’où elle tire ses fondements juridiques et institutionnels. En effet, pour
préserver les ressources naturelles de l’exploitation par les indigènes pour la subsistance, les
autorités coloniales à l’époque avaient pris très tôt des mesures de sauvegarde de ces
ressources naturelles (N’Dotam, 2005). Ce faisant, dans la colonie de la Côte d’Ivoire, dès le 20
juillet 1920, un décret portant organisation du régime forestier a été pris afin de fixer les contours
du régime forestier ivoirien. À la suite de ce décret, l’on a assisté à la constitution d’un important
réseau d’aires protégées qui couvrait plus de cinq millions d’hectares à l’indépendance (Ibo,
1993). Dans une logique de consolidation de la dynamique de préservation des ressources
naturelles de la Côte d’Ivoire, des dispositions juridiques et institutionnelles seront prises par les
gestionnaires étatiques des forêts ivoiriennes dans la période postcoloniale. Pour ce faire, des
lois fondamentales ont été votées, des décrets présidentiels signés et des conventions
internationales pour la conservation de la biodiversité ratifiées. Cependant, force est de constater
que toutes ces mesures n’ont pas pu permettre de maintenir l’intégrité des ressources naturelles
qui connaissent, à ce jour, un niveau de dégradation très alarmant. La couverture forestière, par
exemple, est passée de près de 12 millions d’hectares au milieu des années 1960 à moins de 3
millions d’hectares à la fin des années 1980 (Ibo, 2004). Face à la démographie galopante de la
population ivoirienne avec pour corollaire une pression foncière énorme, le déclassement de
certaines aires protégées est proposé comme solution au manque de terres cultivables (Lauginie,
2007). Le braconnage s’intensifie dans les domaines forestiers permanents de l’État, la faune s’y
raréfie et plusieurs espèces animales n’existent quasiment plus dans certaines aires protégées
(Halle & Bruzon, 2006). Cette situation dramatique est la résultante d’une inefficace politique de
protection de la nature conduite par l’État et caractérisée par une gestion centraliste et dirigiste.
Dans le présent article, nous montrons, dans un premier temps, que les cadres législatif et
institutionnel de la gouvernance forestière en Côte d’Ivoire devraient théoriquement garantir
l’efficacité des politiques de conservation. Nous montrons, ensuite, que l’échec de ces politiques