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Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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L’auteur énumère les limites d’un système basé sur le marché. Il donne par
la suite les conditions gagnantes pour un mécanisme de paiement pour ser-
vices environnementaux (PSE) sous forme de contrats rémunérant de manière
compétitive les acteurs de terrain. Le paiement pour des actions concrètes et
mesurables devrait se faire à partir d’un financement international appuyant
des politiques de transformation agro-foncières qui renforcent le droit foncier
des paysans. Cette formule est selon son analyse la seule qui puisse réellement
limiter la déforestation et contribuer à la réduction de la pauvreté.
En effet, reconnaître aux communautés vivant dans les forêts des droits
fonciers opposables les aidera à faire face aux dynamiques montantes d’acca-
parement des terres menées par des groupes d’agrobusiness à la recherche
d’espaces boisés peu peuplés. La gouvernance est aussi une question clé :
financer la réorganisation de l’administration forestière et des systèmes de
contrôle peut s’avérer déterminant. Comme nous le verrons au chapitre 5,
le renforcement de la justice est également nécessaire : de nombreuses lois
défendent la forêt, mais elles sont trop souvent violées en toute impunité.
L’avenir de REDD+ est extrêmement incertain, du moins en tant que
mécanisme multilatéral unifié. L’architecture et les règles de gouvernance de
cet instrument n’ont toujours pas été déterminées et trouver un consensus
semble extrêmement difficile.
La multiplication des projets REDD+ doit sans doute plus être ana-
lysée sous l’angle d’opportunités de court terme, conduites sous le parapluie
emblématique de la REDD+, qui tend à devenir une « marque ». Il est difficile
de penser que ceci pourrait constituer les prémices d’un régime régulé qui
pourrait traiter les moteurs de la déforestation. Et sans un accord général
dans la négociation climatique pour une nouvelle période d’engagement, les
chances de voir émerger un marché et un mécanisme REDD+ basé sur les
performances dans un régime régulé sont encore plus faibles. Mais pour un
mécanisme REDD+ appuyé sur des fonds publics, les perspectives peuvent
être différentes.
Une dernière étude de cas dans ce chapitre est signée par l’équipe de
Claude Garcia du CIRAD. Elle se situe dans les Ghâts occidentaux, une région
montagneuse de l’Inde. Les auteurs constatent d’abord qu’au vu du déclin
généralisé de la biodiversité, dans un contexte de croissance démographique,
le défi est de parvenir à conserver la biodiversité en dehors des aires protégées,
dans des paysages dédiés à la production de biens, en particulier alimentaires.
Le concept des services écosystémiques associé à des mécanismes de marché
appliqués à la gestion des ressources naturelles ouvre des voies prometteuses
pour concilier conservation et développement.