Chapitre 3 – Les services d’appui et de régulation
P o i n t s d e r e p è r e
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Dans le système écologique et social des Ghâts où les enjeux de produc-
tion et de conservation sont forts, différents acteurs lancent des initiatives pour
concilier ces deux dimensions selon diverses approches. Les auteurs en ont
retenu trois. La première repose sur la certification et autres outils de marché
similaires pour restituer aux producteurs une partie de la valeur des services
écosystémiques générés dans leurs exploitations. Le second est axé sur les droits
et la gouvernance des ressources naturelles, dans ce cas les arbres des plantations.
La troisième approche repose sur des mécanismes de paiement pour services
environnementaux. Prometteuse, elle en est néanmoins à ses balbutiements sur
ce terrain.
Dans la zone à l’étude, les espaces boisés ont été convertis en plantations.
Le sous-bois a été remplacé par des caféiers et la canopée éclaircie. Cependant,
les plantations de caféiers conservent un couvert arboré important, y compris
d’espèces de la forêt originelle. La densité des arbres dans les plantations de
caféiers est importante. Les raisons de la forte densité arborée dans les caféières
sont nombreuses. Les types de tenure foncière et les droits sur les arbres spéci-
fiques au district contraignent les choix des planteurs. La richesse et la diversité
du système de production sont aussi remarquables. Cette richesse importante
est due au fait que de nombreuses espèces de la forêt sempervirente humide
originelle ont été conservées lors de la conversion des forêts en plantations.
Trois grandes dynamiques sont actuellement observables : (1) la conver-
sion des forêts en plantations de caféiers (maintenant presque aboutie puisque
ne subsistent pratiquement que les forêts sous contrôle de l’État), (2) le rem-
placement des espèces natives de couverture par une seule espèce, le
Grevillea
robusta,
et (3) la diminution du couvert arboré et l’intensification des plan-
tations. Ces tendances vont à l’encontre du maintien de la biodiversité dans
l’écosystème agroforestier. L’étude s’intéresse à quatre services écosysté-
miques : la capacité de recharge de la nappe phréatique et l’infiltration de l’eau
dans le sol; la conservation de la biodiversité, le stockage de carbone et la
beauté paysagère.
Dans tous les cas, l’innovation et les changements dans les systèmes
de gestion ne peuvent avoir lieu que si des champions portent les initiatives
localement. Il faut ensuite que les contraintes, opportunités et savoirs locaux
soient parfaitement intégrés à la réflexion, faute de pouvoir remporter l’adhé-
sion des premiers concernés, les planteurs. Afin de construire une alliance
durable entre le monde de la conservation et les producteurs, il faut que les
intérêts des uns et des autres soient bien compris et pris en considération.
Les auteurs conviennent que c’est une évidence, mais soulignent que trop
de projets de conservation capotent, y compris dans cette zone, parce qu’ils
avaient négligé de prendre en considération les objectifs et contraintes des
producteurs.