Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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Pour chacune de ces causes, il existe des alternatives qui permettent de
protéger ou d’enrichir les écosystèmes forestiers ou agroforestiers et de mieux
répondre aux besoins des populations qui vivent de ces écosystèmes. Il s’agit
de pratiquer une exploitation forestière à faible impact, de travailler à l’in-
tensification agro-écologique, d’enrichir les recrûs forestiers dans les zones
d’abattis brûlis et d’y pratiquer l’agroforesterie, d’assister la régénération natu-
relle et l’agropastoralisme sous parc arboré en milieu semi-aride et de prati-
quer des cultures intercalaires en couloirs dans les zones méditerranéennes et
tempérées.
Toutefois, trois conditions doivent être réunies pour que ces alternatives
soient adoptées. Elles se résument à privilégier les formes d’agriculture pay-
sanne, repenser la recherche agro-écologique en intégrant davantage agricul-
ture, élevage et forêts, et sécuriser l’accès au foncier pour les paysans. C’est
en effet un défi pour l’avenir de ne plus voir l’agriculteur comme un simple
exploitant des ressources de la terre, mais comme le gestionnaire d’un éco-
système dont il exploite l’ensemble des possibilités y compris forestières sans
pour autant le simplifier outre mesure. Cela signifie qu’il faut connaître mieux
les moyens d’amplifier les bénéfices écosystémiques par l’action humaine
pour générer plus de rendement sur les terres déjà défrichées et adapter les
pratiques agroforestières de manière à générer plus de revenus à ceux qui les
pratiquent. Cela demande de réorienter les efforts de recherche agronomique
pour prendre en considération la complexité et les rendements multiples
impliquant le travail humain plutôt que la mécanisation ou l’artificialisation.
Une constante demeure, que ce soit pour la pratique d’une foresterie certi-
fiée ou pour l’intendance des écosystèmes agricoles ou forestiers gérés durable-
ment, c’est que le marché rémunère plus cher ceux qui contribuent à maintenir
les fonctions des écosystèmes. C’est à cette seule condition que les bonnes pra-
tiques seront préférées à celles qui accordent un meilleur rendement immédiat.
Soifs de profit des uns, pauvreté des autres, tragédie des communs et
mépris à l’égard des paysanneries, semblent bien être finalement à l’origine
de la déforestation et de la surexploitation des ressources forestières dans un
grand nombre de régions du monde. La lutte contre celles-ci n’aura donc de
sens que couplée aux vastes défis de la crise alimentaire, de la lutte contre la
pauvreté et des inégalités sur notre planète.
Les études de cas de ce chapitre se regroupent en trois thèmes : le pre-
mier touche des projets permettant d’assurer une valeur ajoutée à des produits
forestiers non ligneux et de mieux rémunérer les communautés en combinant
des approches de traçabilité et de contrôle de la qualité. Le second présente
des transformations des pratiques forestières et agroforestières et enfin, une
étude de cas présente la valeur ajoutée pour le développement durable du
matériau bois.