Page 51 - Forets_et_humains_Doc_synthese

Basic HTML Version

Chapitre 4 – Les services d’approvisionnement
P o i n t s d e r e p è r e
39
Le professeur Zoubida Charrouf, de l’Université Mohammed V du Maroc,
traite de la renaissance de l’arganier. Cet arbre indigène des zones sèches et
semi-désertiques produit des fruits dont les noix peuvent donner une huile
connue des cultures traditionnelles berbères. Le projet avait pour objectif de
sauvegarder l’arganeraie en informant les populations de la richesse de leur
patrimoine naturel, en les formant à sa protection et en leur apportant les
moyens d’organiser la production artisanale de l’huile puis d’en développer
la commercialisation en commun. Ces coopératives, composées et dirigées
exclusivement par des femmes, comme le veut la tradition de la production
d’huile d’arganier, avaient comme premier objectif leur sensibilisation à une
récolte respectueuse de l’arganeraie et leur participation à sa reforestation.
Mais au-delà de ce premier objectif, il s’agissait d’améliorer leur statut
social en leur assurant revenu et emploi. L’organisation rigoureuse de la pro-
duction et de la commercialisation de l’huile d’arganier a permis un accès
plus direct aux marchés de l’exportation, plus rémunérateurs que le marché
local. De 1996 à 2011, accompagnant directement l’amélioration de la qualité
de l’huile d’arganier, le prix du litre est passé de 3 à 30 euros. Aujourd’hui, le
projet cherche à faire reconnaître en Europe l’Indication géographique pro-
tégée (IGP) Argane reconnue au Maroc en 2009. C’est la première IGP en
Afrique.
Les résultats de ce projet sur l’éradication de la pauvreté sont remar-
quables. La majorité des femmes de l’arganeraie étaient analphabètes avant
leur organisation en coopératives. Les retombées économiques et d’alphabéti-
sation ont eu un impact social chez les femmes des coopératives. Le nouveau
pouvoir d’achat de ces femmes a eu une incidence importante sur le bien-être
général de leur famille. Le relèvement du niveau intellectuel et culturel des
femmes a eu des répercussions positives, non seulement sur la famille, mais
aussi sur le fonctionnement des coopératives. Il ne fait aucun doute que l’acti-
vité des coopératives et les efforts de promotion de l’huile d’arganier réalisés
au cours des dernières années ont contribué au développement du Sud-Ouest
marocain et à la promotion du tourisme régional.
Ce regain d’intérêt contribue à la valorisation de l’arbre et de son milieu
aux yeux des communautés bénéficiaires. Certaines coopératives investissent
désormais dans le reboisement et le dépressage de l’arganeraie et quelques
communes ont recruté des gardiens de la forêt. Des arganiers sont maintenant
plantés et la multiplication des plants dans les pépinières des services publics
augmente de façon exponentielle. Les surfaces reboisées ont été multipliées
par 100 entre 1998 et 2010. Celles programmées par le gouvernement entre
2012 et 2022 sont estimées à 60 000 ha/an. La création des coopératives et des
associations des ayants droit participe à cette dynamique, favorable à l’implica-
tion de la population dans la sauvegarde de l’arganeraie. Ces succès ne doivent