Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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économiques et de l’emploi dans leurs communautés. En cela, cette approche
permet de sortir d’une logique d’assistanat vers un réel empowerment et répond
de manière intéressante aux critères d’une économie verte.
Les deux études de cas suivantes font état de pratiques d’agriculture sur
abattis-brûlis dans deux contextes différents. La première en zone soudano-
sahélienne qui était viable dans un contexte de faible densité démographique
a été transformée en agriculture sous parc arboré par les populations qui
devaient faire face à un accroissement démographique et qui est aujourd’hui
menacée. La seconde relate une pratique d’agriculture d’abattis-brûlis, en
forêt humide au Nord Laos qui était viable, mais a été transformée par la
volonté gouvernementale pour répondre à des pressions internationales, ce
qui a provoqué une perte de biodiversité et un potentiel appauvrissement des
populations locales. On peut y voir comment la modification des pratiques
agronomiques peut améliorer la satisfaction des besoins des populations tout
en limitant leurs impacts sur la forêt et ses fonctions comme écosystème et,
au contraire, comment le manque de connaissances des autorités entraîne de
mauvais choix pour le maintien des fonctions écosystémiques.
Sébastien Bainville de Montpellier Sup Agro en France présente le cas
de la régénération naturelle assistée et de la culture sous parc arboré en zone
soudano-sahélienne. La régénération naturelle assistée (RNA) contribue à
protéger les terres de culture de l’érosion éolienne et hydrique, à en améliorer
la fertilité, à réduire l’évapotranspiration tout en assurant une production de
bois de chauffe et de fourrage. Dans la zone soudano-sahélienne, des popu-
lations ont introduit, à partir d’une agriculture traditionnelle d’abattis-brûlis,
un mode d’agriculture semblable à la RNA en parallèle avec l’augmentation
de leurs effectifs. Cette transformation a été rendue possible par l’adoption
de la traction attelée qui a permis de transporter vers des champs situés loin
des habitations le fumier permettant d’en restaurer la fertilité sans recourir à
la jachère d’une quinzaine d’années qui était nécessaire dans l’ancien mode de
culture.
L’intensification des cultures s’est accompagnée d’un accroissement du
nombre de bovins et du transport de fumure vers les champs de brousse qui
ont pu être cultivés annuellement. Avec une fumure organique si régulière, les
paysans n’ont pas eu besoin de fortes doses d’engrais de synthèse. D’autant
moins que les cultures étaient toujours mises en place sous les parcs arborés
qui contribuent à la fertilité des sols.
La généralisation de la traction attelée s’est donc traduite par une aug-
mentation des surfaces annuellement mises en culture tout en libérant de
l’espace. C’est une intensification sur certains terroirs, doublée d’une exten-
sification sur d’autres. Il est finalement remarquable que, dans ces régions,
l’intensification agricole de ces dernières années ne se soit pas accompagnée
d’une déforestation marquée et n’ait reposé que partiellement sur les intrants