Chapitre 4 – Les services d’approvisionnement
P o i n t s d e r e p è r e
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chimiques. Elle n’a donc pas porté atteinte à la biodiversité sauvage et domes-
tique, bien au contraire. En premier lieu, il convient de souligner que dans
les régions où une large proportion d’agriculteurs a pu disposer de moyens
pour mettre en œuvre ces techniques, la production vivrière a progressé à un
rythme supérieur à celui de la population.
La baisse de la valeur des arachides et la fin des subventions survenues
dans la période 1990-2010 ont eu pour conséquence, pour beaucoup de
familles disposant désormais d’équipements performants, que ces cultures
ont perdu de leur intérêt; elles se sont tournées davantage vers les cultures
céréalières, les racines et tubercules et enfin les plantations arboricoles. Dans
certains villages, on assiste donc aujourd’hui à un véritable embocagement du
paysage, traduisant des dynamiques agraires fort éloignées de la déforestation
trop souvent dénoncée. Mais la nouvelle situation est inquiétante en raison
de l’incapacité des jeunes agriculteurs de bénéficier d’une traction attelée, du
changement du droit foncier et de l’accaparement des terres par des investis-
seurs qui préfèrent la mécanisation du travail et la fertilisation minérale aux
méthodes traditionnelles.
Au cours des dernières décennies, de nombreuses familles paysannes
n’ont donc cessé de protéger des arbres, de reconstituer des espaces de
brousse et parfois même de planter de véritables vergers. Les techniques sus-
ceptibles d’assurer à la fois la durabilité des systèmes de production agricole et
la sécurité alimentaire des populations existent et sont bien souvent connues
des paysans. Ce n’est donc pas tant les connaissances qui font défaut aux agri-
culteurs qui aujourd’hui ne pratiquent pas ces systèmes de production, mais
les moyens de les mettre en œuvre.
Une révision complète des politiques agricoles est donc nécessaire, mais
il ne faudrait pas se tromper de cible et s’adresser aux agriculteurs qui ont
effectivement intérêt à mettre en œuvre ces systèmes de production inten-
sifs en travail combinant intimement agriculture et élevage. Il ne faudrait pas
confondre leur besoin d’investissement avec l’installation d’investisseurs.
Pour sa part, Olivier Ducourtieux d’AgroParisTech en France nous
montre comment des paysans du Nord Laos sont passés de la pratique de
l’abattis-brûlis à l’agroforesterie sous la pression gouvernementale et com-
ment ce passage fragilise à la fois les services de l’écosystème et la situation
économique de la population.
L’auteur se pose d’emblée la question « La condamnation largement par-
tagée de l’agriculture d’abattis-brûlis repose-t-elle uniquement sur des faits
scientifiques établis ou résulte-t-elle de constructions sociales, différenciées et
évolutives au cours de l’Histoire ? ». Il démontre que dans les montagnes du
Nord Laos, où cette pratique est commune depuis des millénaires, elle a peu
d’effets sur les fonctions de la forêt étant donné la période de rotation des