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Chapitre 5 – Gouvernance : l’arbre qui cache la forêt
P o i n t s d e r e p è r e
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Le renforcement du statut institutionnel des communautés locales passe
aussi par le renforcement des droits et devoirs des acteurs locaux envers les
ressources naturelles (implication dans une utilisation soutenable des res-
sources vivantes, droits d’accès et de prélèvement) et le renforcement des
capacités de négociation des populations locales visant à favoriser l’implica-
tion autonome et renforcer le résultat de celle-ci lors des processus de prise
de décisions relatives à la gestion du milieu. Les communautés doivent pou-
voir communiquer avec le niveau régional, national et même international et
conduire à terme à des changements politiques.
Nathalie Rizzotti insiste sur le fait que la « communauté » n’est pas for-
cément homogène et ne suit pas toujours les mêmes intérêts. Les individus
ne se comportent pas comme s’ils étaient tous unis dans un même objectif.
En ce sens, parler de gestion en commun peut cacher en réalité une gestion
à partir de règles communautaires dont certains membres peuvent bénéficier
et d’autre pâtir. Les stratégies ont souvent pour objectif l’accumulation de
pouvoirs et l’acquisition de capitaux économiques. Les individus peuvent tirer
profit de leur appartenance communautaire en s’appuyant sur leur statut et
reproduire les inégalités.
En ce sens, la gestion participative passant par des règles traditionnelles
ou locales peut renforcer ou au contraire perturber les situations de pouvoir
au niveau local et faire l’objet de stratégies et de processus de manipulation
et d’utilisation à des fins personnelles. Ces stratégies et le statut qu’acquièrent
les individus dans la communauté peuvent rendre l’efficacité de la gestion en
commun très relative.
En effet, les stratégies de pouvoir et d’accaparement de la ressource par
certains individus supposent également l’exclusion d’une autre partie de cette
communauté.
Si l’on vise à une gestion durable, l’exclusion des bénéfices d’une res-
source peut provoquer des dégâts majeurs sur celle-ci. Même si les règles sont
collectivement décidées, certains acteurs peuvent être exclus du processus
de décision. Le régime de propriété commune, même s’il établit des droits
et obligations envers les différents membres, pose la question de l’exclu-
sion des non-membres et de la réaction de ceux-ci face à leur exclusion avec
pour conséquence des risques de stratégies de dégradation. La communauté
comme unité de base n’a pas besoin d’être homogène dans le sens où tout le
monde aurait le même pouvoir. Il suffit que les règles établies s’appliquent à
tout le monde de manière contraignante pour que la gestion communautaire
soit efficace.
N. Rizzotti rappelle que la gamme des ententes de cogestion, c’est-à-dire
le partage des responsabilités, est vaste allant de la simple information aux
communautés au contrôle collectif local avec des rôles et pouvoirs légalisés.