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Encadré 1. Déclinaisons de la relation entre les humains et la forêt
Selon les civilisations et les époques, la forêt et les humains ont entretenu divers types de
relations écologiques l’un avec l’autre. Cette typologie sommaire permet de situer les termes
de référence. Elle n’est ni déterministe ni absolue. De multiples états intermédiaires ont pu ou
peuvent encore exister. Aucune de ces étapes n’est un préalable obligatoire à une autre et le
processus peut être inversé.
Âge des chasseurs-cueilleurs
: Les populations de chasseurs-cueilleurs considèrent la forêt
comme une matrice. Il n’y a pas de différence entre les humains et les autres êtres vivants, on
leur doit le respect et les esprits des morts, les génies et autres esprits y habitent. La relation
est symbiotique et
mutualiste
, les hommes appartiennent à la forêt, la forêt n’appartient à
personne, les deux partenaires bénéficient de leur présence mutuelle.
Âge des agriculteurs
: La forêt est vue comme un compétiteur pour les sols. Elle doit être
enlevée ou domestiquée pour servir les humains. Couper la forêt est synonyme de progrès
vers la civilisation. L’objectif est le
contrôle
et la domination des forces naturelles. La relation
écologique est la
compétition
. La forêt entre dans le domaine de la propriété privée et est
entretenue pour ses services économiques, sinon elle est pillée par opportunisme.
Âge industriel
: La forêt est une
ressource
. L’homme s’y comporte en
prédateur
. On peut y
prélever en un instant ce qui prend des siècles à se renouveler. Ce sont les
marchés
qui
déterminent la valeur instantanée de ce qu’on peut y exploiter. La forêt est une valeur
économique, sans plus.
Âge de l’information
: La forêt est une composante vivante de la planète que nous apprenons
à
connaître
pour ses fonctions écologiques. Les
services
qu’elle rend à l’humanité sont
difficilement quantifiables, mais ils sont
indispensables
pour le maintien des équilibres
planétaires et la satisfaction des besoins humains. Que l’on vive près ou loin de la forêt, nous
sommes tributaires de sa santé. Il faut donc
investir
dans sa protection et sa gestion
raisonnée selon les principes du
développement durable
. Il s’agit d’une nouvelle forme de
mutualisme
dans lequel de façon consciente, les humains investissent de manière informée
pour maintenir la santé des forêts sur la planète en échange de leurs services tangibles et
intangibles.
Claude VILLENEUVE
, Chaire en éco-conseil, UQAC.
De symbiote forestier, l’humain est devenu, il y a moins de 10 000 ans, agriculteur donc
concurrent, et enfin, il y a moins de deux siècles, prédateur de la forêt par les besoins de la
société industrielle aujourd’hui mondialisée. À mesure que nos effectifs démographiques se sont
accrus et que nos besoins ont augmenté, nous avons provoqué le remplacement des forêts par
des terres cultivées, des villes, des installations industrielles et commerciales aussi bien dans les
pays développés que dans les pays en développement. Aujourd’hui, même si elles occupent
31 % des terres émergées (FAO, 2010), la situation des forêts inquiète, surtout dans la zone
tropicale où les massifs forestiers primaires se réduisent comme peau de chagrin. Comme
l’indique la figure 1, l’essentiel des pertes de superficies forestières est constaté dans la zone
tropicale alors que les gains sont enregistrés dans les pays industrialisés du Nord (FAO 2010).
Mais ces gains peuvent cacher un état de santé globalement dégradé des forêts de ces pays
(écosystèmes forestiers simplifiés, appauvris, pollués et fragmentés, déficit important en bois