Page 12 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_02

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aussi l’agriculture, l’écotourisme, etc.), la création de richesses, la prise en considération des
coutumes et la forêt comme réservoir de biodiversité et comme lieu de lutte contre les
changements climatiques sont les branches de l’arbre. Ces branches sont supportées par un
tronc, la science et l’éthique, et s’ancrent dans le réel par les racines, la forêt et ses symboles. Le
dialogue et la gouvernance permettent de considérer le tronc et les racines pour prendre des
décisions qui s’appliquent au niveau des branches. Ce chapitre traite donc d’une partie du tronc
et des racines. Les autres dimensions du rôle des forêts dans l’économie verte sont abordées
dans les autres chapitres.
Sans branches et sans feuilles, un arbre ne vit pas. Sans ses racines, il meurt petit à petit et sans
tronc, ce n’est pas un arbre. Et on peut considérer qu’il devrait en être de même pour l’économie
verte : elle ne s’actualisera pas sans une prise en considération de tout de ce qui fait la réalité
humaine, symbolisée ici dans un arbre et ses différentes parties indissociables.
1.1 Les confusions dans les catégories de discours
Distinguer les catégories de discours permet d’éviter les amalgames et de reconnaître
l’importance particulière de chaque élément de la nature humaine. Cette reconnaissance de
l’humain dans sa complexité est indispensable pour mettre en place un développement durable :
les humains sont au cœur de l’économie verte.
Il n’est pas souhaitable que les décisions en lien avec la nature se prennent de manière
disciplinaire seulement ou sur base d’un seul discours (scientifique ou économique par exemple).
Le réel n’est pas disciplinaire. Les décisions qui ne seraient basées que sur une seule catégorie
de discours seraient fort peu réalistes même si elles apparaissent « simples ». Simplifier le réel à
ce point ne permet pas de le connaître dans sa complexité.
Les humains transmettent une connaissance du monde grâce au langage. À travers le monde,
nous parlons des langues différentes qui nous font voir le monde de façons diverses. Et même
dans la même langue, nous ne parlons pas tous de la même forêt. Le discours scientifique
explicite des faits, les interprète pour permettre de décrire une part du réel tangible et accessible
à la raison. Les sciences tentent ainsi de démêler le vrai du faux (Camerini, 2003). La science
décrit le fonctionnement d’un écosystème forestier. Parfois, elle permet de faire des prévisions
pour le futur.
Le discours éthique met en perspective des valeurs, des règles morales. Il permet de faire une
distinction pas toujours très nette entre le bien et le mal (Camerini, 2003) et de manière plus
contemporaine de s’accorder sur la meilleure décision dans les circonstances au terme d’un
raisonnement. L’éthique prescrit comment se comporter dans une forêt, ce qu’il convient de faire
et de ne pas faire. Et ce raisonnement peut être éclairé de façon singulière ou conjuguée par la
science, la symbolique, l’esthétique, l’économie.