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Le discours économique permet de distinguer dans quelle mesure une action est rentable et ne
l’est pas et ce qui pourrait la rendre plus rentable. Planter des arbres ou laisser repousser la forêt
après une coupe peut faire l’objet d’un calcul économique. Ce calcul peut aboutir à d’autres
conclusions que celles issues du discours scientifique : parfois il est plus intéressant d’un point de
vue scientifique de laisser revenir naturellement la forêt que de planter une espèce d’arbre, même
si c’est moins rentable.
La forêt peut être décrite aussi dans ce qu’elle a de beau (ou de laid) dans un discours
esthétique. L’esthétique est beaucoup plus liée à des émotions qu’à un raisonnement. Un
paysage peut-être considéré comme très beau sans avoir une valeur écologique importante qui
relève plutôt d’un discours scientifique.
Les règles du droit qui imposent des manières de faire en lien avec la forêt relèvent encore d’un
autre type de discours. Celui-là impose. La loi sur la gestion écosystémique des forêts du Québec
s’appuie sans doute sur des éléments de science, mais aussi sur un calcul économique, sur des
fondements éthiques, symboliques et esthétiques pour élaborer des normes applicables par ceux
qui souhaitent aménager la forêt. Une loi est un consensus social, elle s’appuie sur plusieurs
« réalités » humaines et donc sur plusieurs types de discours.
Enfin, on peut parler du caractère sacré d’un écosystème particulier, d’un lieu, d’un territoire.
L’imaginaire supplée la raison quand celle-ci est inapte à fournir des réponses satisfaisantes :
l’arbre et la forêt symbolisent un « mystère » inexplicable. Ainsi la forêt est souvent un symbole
de Vie et d’immortalité. Le discours symbolique signifie, il ne décrit pas la nature, il la prend
comme ancrage dans le monde tangible pour expliquer et donner un sens à des interrogations
humaines omnitemporelles, culturelles et parfois même individuelles.
« On n’a pas encore évalué les arbres pour leur ombre, leur beauté, la créativité qu’ils inspirent,
le silence, la sagesse… » (Fournier, 2003, p. 149)
Encadré 1. Un exemple : le lac Fundudzi
Lieu enchanteur et de sépultures sacrées, le lac Fundudzi, au nord de l’Afrique du Sud, sera
peut-être un jour un site touristique. Mais pour l’heure, des esprits contraires s’y opposent et
font souffler un vent de refus. « C’est un lieu saint. On veut le garder sacré », explique
Tshibwana Ramalongo, un vieux du clan Netshiavha, au coeur du pays venda. « Un endroit
spécial où nos grands rois et leurs familles sont enterrés », dit-il. À ses pieds, enchâssé entre
les flancs du massif du Soutpansberg, ce lac de montagne de la province du Limpopo déroule
ses eaux de légende, perlant de récits propres à enflammer l’imagination des visiteurs. Un
python albinos en aurait fait sa demeure, ainsi qu’une autre créature marine évoquant une
sirène. Il se murmure aussi parmi les habitants du village voisin, Tshiavha, qu’un mouton blanc
est un jour mystérieusement apparu sur l’eau, avant de disparaître comme il était venu.
D’autres histoires à faire frémir circulent, affirmant que tous les étrangers qui se sont aventurés
sur le lac pour des loisirs aquatiques se sont noyés. Une chose est sûre : le lac n’a rien à voir
avec le Loch Ness écossais. Il est un symbole pour la mystique traditionnelle africaine, reliant