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Le modèle biocentrique
valorise le respect de toute vie, quelle qu’elle soit. Tous les êtres vivants
ont une dignité propre intrinsèque, quelle que soit leur utilité pour les humains. Il s’agit d’une
remise en question fondamentale de la vision anthropocentrique. Elle dénonce la violence faite
par les humains et ses techniques à la nature. Cette vision est basée sur une écologie
métaphysique, l’éthique est déontologique : elle est faite de règles morales et d’interdits.
Ce modèle éthique conduit à anthropomorphiser la nature : la nature a des facultés humaines
(par ex. : Gaïa, Terre-Mère se venge…)
Le modèle écocentrique
fait de l’humain un élément de la nature, comme n’importe quel autre, qui
doit connaître et respecter les lois de la nature pour la maintenir dans l’état où elle se met sans
lui. Une grande importance est accordée aux experts qui connaissent les lois de la nature pour
prendre des décisions qui imitent son fonctionnement ou dans des versions plus édulcorées, s’en
inspirent ou proposent « une gestion proche de la nature ». Les écosystèmes et leurs
fonctionnements autorégulés sont centraux. L’homme et la nature sont harmonieusement
interdépendants, ils ne font qu’un si lui se conforme à ses lois à elle.
Ce modèle éthique conduit à naturaliser l’humain. L’éthique est conséquentialiste (éviter les
conséquences négatives sur les écosystèmes) en élaborant des bonnes pratiques basées sur les
lois de la nature.
Ces trois modèles sont possibles dans le cadre de l’ontologie naturaliste décrite par Descola. Il
faut avoir une conception de la nature différente des humains pour imaginer une éthique de
l’environnement. Ils ne s’appliquent donc pas partout. Mais même si c’était le cas, il serait
inconcevable de choisir un seul de ces trois modèles pour le monde entier. De surcroît, ces
représentations de l’éthique de l’environnement sont rarement discutées. Elles semblent même
indiscutables. Et même si elles l’étaient, il est peu probable que les humains se mettent d’accord
unanimement sur une des trois.
Expliciter, c’est se libérer du caractère souterrain et souverain de ces idées qui ensorcellent notre
intelligence. Le premier pas étant fait, il importe alors de proposer un autre modèle.
C’est pourquoi Huybens (2010) propose de métamorphoser l’éthique de l’environnement en
articulant ce que chaque représentation a de mieux dans une forme renouvelée. Le
modèle
multicentrique
articule les complémentarités et contradictions entre les différents modèles pour
inventer une réponse contemporaine pertinente permettant d’envisager « l’économie verte » avec
une nature partenaire. En imaginant avec Morin (2007) que les humains co-pilotent
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avec la
nature le destin planétaire, il s’agit de concevoir des partenariats entre les humains et avec la
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La notion de co-pilotage pose des problèmes à bien des philosophes. Elle a cependant l’avantage de
mettre l’accent sur la nécessité de réfléchir les interventions humaines dans la nature en tenant compte de
la « réponse » de la nature. Le caractère récursif de la relation ne s’arrête pas là cependant. Cette
rétroaction de la nature sur l’humain façonne à son tour en partie l’action possible ou souhaitable de
l’homme dans la nature.