Page 38 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_02

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Les interventions humaines en forêt seront plus « humaines » et l’économie forestière sera plus
verte si certains éléments cruciaux sont mieux pris en considération au XXI
e
siècle. Les impacts
environnementaux des activités en forêt doivent pouvoir se comprendre en lien avec la meilleure
science. Les aspects socio-économiques doivent être discutés au niveau local (parce que les
humains sont infiniment divers et les écosystèmes aussi) et au niveau global (parce que les
pollutions n’ont pas de frontière). Ainsi, les usages multipliés des ressources (notamment le
marché du carbone et l’écotourisme), le bien-être des communautés et la création et la répartition
des richesses devraient faire l’objet de discussion et de dialogue pour trouver des solutions
innovantes et respectueuses et même bienveillantes des uns, des autres et de la forêt. Les
aspects éthiques et symboliques enfin doivent être explicités. Ils sont souvent cryptés, énoncés
dans des émotions dont il est important de reconnaître l’existence, la nécessité et la pertinence
pour assumer avec responsabilité la communauté de destin qui unit tout ce qui vit sur la terre.
C’est pourquoi réaliser une économie verte à partir de la forêt ne nécessite pas seulement des
connaissances sur les écosystèmes forestiers, mais aussi sur la nature humaine.
Enfin, l’économie verte ne résoudra pas les problèmes de pauvreté si les recommandations de la
francophonie se limitent à « lutter contre la pauvreté ». Accroître le bien-être des humains sur la
planète, particulièrement de ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose ne passe probablement pas
par le fait d’accroître le taux de profit. Le monde entier n’est pas pauvre, mais les richesses sont
bien trop mal réparties pour envisager l’économie verte sans une réflexion de fond sur le
phénomène. Comme il est souhaitable de partager les connaissances, il serait aussi souhaitable
de mieux répartir les richesses. Et dans ce cas, les actions pour éradiquer la pauvreté se situent
certainement autant dans les pays riches que dans les pays pauvres.
À plus de 7 milliards d’humains sur la planète et à 9 milliards à l’horizon de 2050, aucune
inscription particulière dans la nature ne permettra le développement d’une économie verte si elle
devient hégémonique. L’anthropisation des écosystèmes réduira les forêts à des plantations
d’arbres efficacement gérées. La sacralisation par les cultures tributaires de la forêt affamerait
l’humanité. Choisir n’est pas le garant d’une économie verte. Mais s’inspirer de ce que les
humains ont inventé jusqu’à présent pour envisager l’avenir avec une représentation renouvelée
est une voie plus respectueuse de la nature et des humains. Cette métamorphose contiendrait un
partenariat avec une nature qui bris-colle dans l’ordre et dans le désordre, un respect pour les
sens divers donnés à la forêt à travers les époques et les cultures et une efficacité économique
synonyme de bien-être plus que de profit.