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ainsi qu’à ceux de la nature
».
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Cependant les sociétés tributaires de la forêt et agraires qui ont
des pratiques agroforestières complètement différentes ne parviennent le plus souvent pas au
niveau de bien-être et d’éducation qu’elles souhaitent au moins en partie. Il ne s’agit pas de
remplacer l’une par l’autre, mais d’envisager ce que chacune fait de mieux pour renouveler les
pratiques forestières partout où cela apparaît nécessaire aux populations qui en vivent.
Dans une perspective d’échange des connaissances qui auraient une influence sur
l’aménagement forestier, il faut accepter l’idée qu’il n’y a pas une partie du monde détentrice
d’une expertise supérieure qui devrait remplacer les savoirs de toutes les autres parties du
monde. Échanger des connaissances entre les cultures signifie d’abord qu’il n’y a pas des
experts d’un côté et des ignorants de l’autre, mais des pairs qui dialoguent pour s’influencer
mutuellement de leurs meilleurs savoirs.
Conclusion du chapitre
L’économie verte dans une forêt, écosystème culturel et symbolique, implique un partage des
connaissances entre les cultures et une répartition des richesses entre les humains. Elle repose
aussi sur une conception de la relation homme-nature basée sur le partenariat.
La compréhension complexe de l’humanité apprend combien la forêt peut être signifiante au-delà
du rationnel. Les forêts répondent à des besoins tangibles, en bois, fibre, médicaments, miels,
petits fruits, champignons, etc. Et elles sont aussi porteuses de sens, de manière évidente pour
les peuples tributaires des forêts, mais aussi pour les humains qui de plus en plus vivent en ville
coupés du lien quotidien avec la nature dont ils vivent pourtant.
« Aussi importants que la
technique pour l’humanité sont la création d’un univers imaginaire et le déferlement fabuleux des
mythes, croyances, religions, que les développements techniques et rationnels se sont montrés
fort peu aptes, au cours de l’histoire et jusqu’à aujourd’hui, à éliminer »
(Morin, 2001, p. 35). La
pensée complexe intègre, dans une rationalité ouverte, la nécessité humaine des mythes et de la
magie qui ne disqualifie pas la nécessité tout aussi humaine des sciences, de l’économie et de la
gestion.
Le transfert de connaissances du nord vers le sud élude souvent la dimension symbolique du lien
humain à la nature. Or, les relations qu’entretiennent les cultures industrielles avec les
écosystèmes terrestres ne sont certainement pas une panacée. Par ailleurs, l’imposition d’une
manière particulière de s’inscrire dans la nature par le raisonnement économique résout fort mal
les problèmes de pauvreté et elle engage les pauvres dans un développement dont on connaît
maintenant les limites et les effets pervers et dont ils profitent à peine. Le développement durable
s’appuie sur la reconnaissance de la richesse de toutes les cultures. Une forêt investie de sens
symbolique qui disparaît, c’est une culture qui ne trouve plus de manière de s’exprimer et par
conséquent des connaissances qu’il devient impossible de partager.
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Développement durable : harmonie avec la nature, Rapport du Secrétaire général, Assemblée générale
des Nations Unies, 66e session, 15 août 2011.