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2.3 La valorisation des connaissances traditionnelles et
locales dans l’aménagement forestier et la conservation
de la biodiversité en Afrique centrale
Patrice BIGOMBE LOGO
, Groupe de recherches administratives, politiques et sociales (GRAPS),
Université de Yaoundé II, chercheur Fondation Paul Ango Ela pour la géopolitique en Afrique
Centrale (FPAE) et directeur du Centre de recherche et d’action pour le développement durable
en Afrique centrale (CERAD), B.P. 4975 Yaoundé,
patricebigombe@hotmail.com
.
Introduction
Les forêts d’Afrique centrale constituent, avec celles de l’Amazonie et de l’Asie du Sud-Est, les
trois bassins de forêts denses humides de la planète. Elles couvrent 204 millions d’hectares et
renferment 45 % de la biodiversité du monde (Bergonzini J.C. et Riera B., 2006). Ces forêts ne
sont pas vierges. Des milliers d’êtes humains y vivent et entretiennent avec elles des relations
culturelles, sociales et symboliques anciennes, intenses et profondes. Ces forêts et ces hommes
ont évolué et continuent à évoluer ensemble. Leurs histoires et leurs destins sont étroitement liés
(Bahuchet S. et al., 2000 (a) et 1999; Bahuchet S.,1996; Bahuchet S. et De Maret P., 1993).
L’étroitesse et la profondeur des liens entretenus depuis des millénaires expliquent, entre autres,
l’étendue et la solidité des connaissances dont les populations forestières sont dépositaires en
matière de gestion durable des forêts et de conservation de la biodiversité. Autrefois négligées,
dépréciées ou disqualifiées, ces connaissances ont fait une irruption inédite dans le champ du
développement durable (Karpe P., 2005). Elles ne constituent plus seulement des patrimoines.
Elles sont aujourd’hui reconnues et utilisées comme des outils et des instruments de gestion
durable des forêts et de conservation de la biodiversité (Cormier-Salem M-C. et Roussel B., 2002;
Lalonde A. et Akhtar S., 1994).
L’écologie culturelle, l’ethnobotanique et l’anthropologie sociale ont produit, à suffisance, des
connaissances sur la typologie, la classification, la nature et l’inventaire, la pertinence et l’utilité
des connaissances traditionnelles et locales dans la gestion durable des forêts (Oyono P.R.,
2004; Agrawal A., 2002 et Arom S. et al., 1993). Il n’est plus nécessaire de refaire ce travail. Il
faut, davantage, explorer les expériences et approches de valorisation des connaissances
traditionnelles et locales dans l’aménagement forestier et la conservation de la biodiversité.
Les connaissances traditionnelles et locales regroupent l’ensemble des savoirs pratiques dérivés
des interactions séculaires entre les hommes et les forêts mobilisés dans les systèmes locaux de
gestion durable et bénéfique des forêts. Aborder la question de leur valorisation a le mérite et
l’avantage de déconstruire la logique qui oppose, sans cesse, la « science sauvage » à la
« science moderne », les savoirs traditionnels et locaux aux savoirs scientifiques institués, et de
mettre en exergue leur complémentarité et la pertinence de leur inéluctable intégration. La
complémentarité et l’enrichissement mutuels des connaissances traditionnelles et locales sur la