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Résumé
Dirigé par Nicole Huybens, professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi et Martin Tchamba
de l’Université de Dschang au Cameroun, ce chapitre comprend une analyse sur la forêt comme
écosystème culturel et symbolique et s’interroge sur sa prise en considération dans l’économie
verte. Deux études de cas, l’une portant sur un cas inédit de mobilisation autour de valeurs
traditionnelles pour la protection d’un écosystème forestier en Côte d’Ivoire et le second sur
l’intégration des valeurs culturelles des populations Pygmées du Campo Maan au Cameroun
viennent illustrer le propos.
Nicole Huybens nous rappelle d’abord que la forêt n’est pas qu’une « ressource » à exploiter et
que l’économie conventionnelle néglige une grande partie des liens des humains avec la forêt. La
forêt « signifie » : elle permet aux humains de donner du sens au monde, à la Vie, à leur vie en
dehors ou au-delà de considérations liées à ce qu’elle est ou à ce qu’elle rapporte. On
comprendra que le sens donné aux forêts par les cultures qui y sont nées et s’y sont perpétuées
pendant des millénaires n’est pas le même que celui de ceux qui en font une gestion, même
« durable » en fonction des rendements économiques que l’on peut escompter de l’extraction de
ses grumes. Il est non seulement déraisonnable de nier l’importance des différentes significations
que revêtent les forêts pour les différentes cultures, mais c’est aussi irrespectueux pour certains
peuples qui se voient ainsi privés d’une partie de leur identité. L’éthique et la symbolique font
partie du problème et de la solution pour que les forêts jouent pleinement leur rôle dans
l’économie verte. Ce rôle se conçoit par l’image métaphorique (figure 1).
Sans branches et sans feuilles, un arbre ne vit pas. Sans ses racines, il meurt petit à petit et sans
tronc ce n’est pas un arbre. Et on peut considérer qu’il devrait en être de même pour l’économie
verte : elle ne s’actualisera pas sans une prise en considération de tout ce qui fait la réalité
humaine, symbolisée ici dans un arbre et ses différentes parties indissociables.
L’évidence de la nécessité du discours scientifique et du discours économique ne doit pas faire
oublier l’importance que revêt la forêt tant pour la pérennité des cultures que pour le bien-être
mental et la vie spirituelle des humains. Voir les forêts comme des « partenaires » et pas
seulement comme des « ressources » ou seulement comme ayant une valeur intrinsèque sacrée
permet de réfléchir les interventions humaines dans la nature comme s’il s’agissait de mettre en
œuvre un contrat qui devrait donner satisfaction tant à l’humain qu’à la nature. Vouloir une
reconnaissance culturelle de la forêt n’équivaut en aucune manière à un rejet des outils de
pensée européens sur la forêt et ne peut être assimilé à une quelconque « revanche
postcoloniale » : il s’agit simplement « d’examiner la manière dont il est possible de renouveler la
vision occidentale de la forêt en y intégrant celles des autres civilisations qui accordent une
dimension culturelle à la forêt ou mieux pour qui la forêt est d’abord une entité culturelle avant
d’être une entité environnementale ou économique ».