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Dans une perspective d’échange des connaissances qui aurait une influence sur l’aménagement
forestier, il faut accepter l’idée qu’il n’y a pas une partie du monde détentrice d’une expertise
supérieure qui devrait remplacer les savoirs de toutes les autres parties du monde. Échanger des
connaissances entre les cultures signifie d’abord qu’il n’y a pas des experts d’un côté et des
ignorants de l’autre, mais des pairs qui dialoguent pour s’influencer mutuellement de leurs
meilleurs savoirs.
L’économie verte dans une forêt, écosystème culturel et symbolique, implique un partage des
connaissances entre les cultures et une répartition des richesses entre les humains. Elle repose
aussi sur une conception de la relation homme-nature basée sur le partenariat.
L’enseignement et la recherche sur l’aménagement forestier devraient aujourd’hui garantir la
diversité inévitable et souhaitable des approches pour maintenir en vie ce que les humains ont
mis en place depuis la nuit des temps dans leurs relations aux arbres et aux forêts. C’est une
nécessité écologique et humaniste à la fois.
Dans les sociétés industrielles, les forêts ne sont pas gérées en fonction de ce qui est bon pour la
nature ou pour les populations, mais plutôt en fonction de ce qui est bon pour la croissance
économique. D’un autre côté, la nature se voit parfois investie du caractère sacré ou divin associé
aux lieux de culte. Cette différence explique en grande partie les controverses et les débats qui
opposent par exemple des groupes écologistes et les gouvernements et entreprises forestières
qui aménagent la forêt boréale à des fins de production ligneuse. Aucune science ne pourra
désamorcer un sentiment de spoliation du sacré.
Les interventions humaines en forêt seront plus « humaines » et l’économie forestière sera plus
verte si certains éléments cruciaux sont mieux pris en considération au vingt-et-unième siècle.
Les impacts environnementaux des activités en forêt doivent pouvoir se comprendre en lien avec
la meilleure science. Les aspects socio-économiques doivent être discutés au niveau local (parce
que les humains sont infiniment divers et les écosystèmes aussi) et au niveau global (parce que
les pollutions n’ont pas de frontière). Ainsi, les usages multipliés des ressources (notamment le
marché du carbone et l’écotourisme), le bien-être des communautés et la création et la répartition
des richesses devraient faire l’objet de discussion et de dialogue pour trouver des solutions
innovantes et respectueuses et même bienveillantes des uns, des autres et de la forêt. Les
aspects éthiques et symboliques enfin doivent être explicités. Ils sont souvent cryptés, énoncés
dans des émotions dont il est important de reconnaître l’existence, la nécessité et la pertinence
pour assumer avec responsabilité la communauté de destin qui unit tout ce qui vit sur la terre.
C’est pourquoi réaliser une économie verte à partir de la forêt ne nécessite pas seulement des
connaissances sur les écosystèmes forestiers, mais aussi sur la nature humaine. Par exemple,
consommer toujours plus peut donner l’illusion de la plénitude, mais le vide intérieur revient en
force pour rappeler que nous sommes aussi des êtres d’imaginaires, de symboles, de spiritualité
en lien avec ce qui est plus grand.