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Des enquêtes auprès des fermiers ayant participé à notre étude relèvent qu’il y a 4 grandes
raisons pour lesquelles les fermiers favorisent le Grevillea, espèce originaire d’Australie, au
détriment des espèces locales (Nath et al., 2011) :
1. La vitesse de croissance est plus importante que pour les autres essences,
permettant une rotation rapide des coupes (20-30 ans contre 80 ans pour le bois
de rose
Dalbergia latifolia
par exemple);
2. Le tronc offre un bon support pour les lianes de poivrier, associé au café et
pouvant représenter 20 % du chiffre d’affaires d’une plantation;
3. Les graines et jeunes plants sont facilement disponibles dans les pépinières des
services forestiers;
4. Et surtout, cette espèce peut facilement être commercialisée, n’ayant pas le
statut de protection dont jouissent les espèces locales.
Au final, une analyse en composantes principales de ce jeu de données (figure 24) met en
lumière deux grandes dynamiques au sein même des plantations de café, qui viennent s’ajouter à
la conversion des forêts en plantations de café. Le premier axe oppose les systèmes ayant
conservé des arbres dans la plantation à ceux où le planteur conduit son café en plein soleil avec
l’objectif d’augmenter les rendements. Le deuxième oppose toutes les mesures que l’on a pu faire
de la biodiversité (toutes corrélées à la richesse spécifique, la seule variable retenue dans l’ACP
présentée ici), au pourcentage de
Grevillea robusta.
Ceci traduit le choix des planteurs en matière
d’ombrage de son café entre la conservation des espèces forestières natives ou son
remplacement par un ombrage monospécifique à base de
Grevillea robusta.
Toutes ces dynamiques ont un impact sur les conditions de vie des fermiers et des ouvriers
agricoles, mais aussi sur le paysage et sa capacité à générer les biens et services
écosystémiques de façon durable. Le développement du
Grevillea robusta
avec ses rotations
courtes et sa facilité de commercialisation, a un impact positif sur l’économie des plantations,
mais au prix d’une diminution significative de la biodiversité. La diminution du couvert forestier
augmente potentiellement la productivité des caféiers, du moins sur le court terme
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, et ceci bien
entendu peut avoir un impact positif sur les revenus du planteur, mais au prix d’une dépendance
accrue des intrants chimiques (fertilisants), techniques (irrigation), une plus forte exposition aux
aléas climatiques et un déficit en stockage de carbone (Kushalappa et al., 2011).
À cela s’ajoutent des modifications du paysage. La connectivité diminue, avec la matrice reliant
les fragments forestiers qui s’artificialise, l’habitat des espèces inféodées aux écosystèmes
forestiers diminue et les barrières à la dispersion augmentent. Lorsque l’on dépasse le seuil de
20 % de
Grevillea robusta,
les communautés aviaires changent (Rao, V. 2011 et Torres, 2010).
Conséquence directe de l’augmentation des surfaces en café et de l’anthropisation du milieu, les
conflits entre les hommes et la faune, en particulier les éléphants (
Elephas maximums
), sont en
augmentation depuis une dizaine d’années, entraînant des dégâts sur les cultures, mais aussi