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paysan lao dans sa négociation commerciale
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: les prix à Phongsaly sont de 20 à 25 % inférieurs
à ceux du Xishuangbanna. Malgré cela, l’extension progressive et spontanée des surfaces
cultivées dans le district de Phongsaly tend à démontrer qu’il est possible d’intéresser les
paysans à des productions commerciales.
Une spécialisation dans la diversification
Les cultures commerciales sont très fréquemment, voire systématiquement, promues comme
l’alternative à l’abattis-brûlis; elles ne sont pourtant pas une solution intrinsèquement et
systématiquement viable. Généralement, les conditions agronomiques sont étudiées avec attention
et l’échec est rarement technique; en revanche, le contexte socio-économique est souvent négligé :
conditions d’accès au marché, niveau de prix et prospective, risque commercial actuel et futur,
priorités des paysans selon les facteurs de production disponibles et les rapports d’échange, etc.
Ces omissions mènent à des interventions inadaptées, au gaspillage des rares ressources
publiques et à des tensions entre les communautés paysannes et l’État. Introduire une nouvelle
culture qui s’insère dans un système agraire existant est complexe; la réussite passe par
l’appropriation de la proposition par les paysans. À Phongsaly par exemple, le succès d’une
production commerciale alternative à l’agriculture d’abattis-brûlis n’est possible qu’à trois
conditions :
- Les productions commerciales proposées doivent être plus productives
par rapport au
facteur de production limitant (la force de travail familiale à Phongsaly);
- Les productions commerciales proposées doivent être sûres
. Les paysans ne peuvent
pas accepter d’abandonner leur production vivrière pour des spéculations aléatoires. Les
risques à minimiser sont pédo-climatiques, biologiques et commerciaux;
- Les productions commerciales proposées doivent être aisément transportables
. Elles
doivent être robustes et non-périssables pour supporter des conditions de transport
longues et difficiles avant d’accéder aux différents marchés. La valeur par unité de masse
et de volume doit être élevée pour permettre un transport économiquement rentable.
La cardamome en monoculture, pas plus que l’hévéa ou le thé, ne satisfait complètement à ces
trois conditions. Les paysans de Phongsaly n’ont pas intérêt à cultiver la cardamome à la place des
cultures d’abattis-brûlis; en revanche, ils peuvent compléter leurs revenus en diversifiant leur activité
par l’enrichissement de la friche. D’autres espèces sont également associées à la cardamome dans
la friche, comme des variétés locales de thé, du rotin, du galanga ou des plantes médicinales. Avec
le couvert forestier, la concurrence des mauvaises herbes est limitée et peu de travail est requis.
À terme, est-il envisageable que les paysans de Phongsaly constituent des jardins agroforestiers
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Les acheteurs, peu nombreux, souvent regroupés à Phongsaly et liés. Ils se partagent le marché, ce qui
revient à fragmenter l’offre en une multitude de villages peu informés des cours et des conditions du
marché.