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4.6 Transformation des agroforêts en plantations de palmier à
l’huile en Indonésie : le choix des populations locales
Laurène FEINTRENIE,
CIRAD,Email :
laurene.feintrenie@cirad.fr
Le développement et la disparition des agroforêts indonésiennes
Jusqu’à la fin du XIX
e
siècle, les produits forestiers non ligneux tels que les épices, résines ou
produits animaux (e.g. corne de rhinocéros, bézoars) représentaient les principaux échanges
commerciaux entre pays asiatiques. Le développement de l’industrie en Europe et en Amérique
du Nord s’est traduit en Asie par de nouvelles exportations, soutenues par le développement des
plantations d’hévéa, de caféier, et de cacaoyer. La colonisation de larges étendues de forêt pour
le développement de ces plantations et pour la production de bois d’œuvre puis plus tard de pâte
à papier a accéléré la déforestation en Indonésie. Les plantations ont été accompagnées par des
migrations de paysans sans terre orchestrée par le programme politique ‘
transmigrasi’
,
transmigration, qui visait à déplacer des habitants volontaires des îles centrales du pays, à forte
densité de population : Java, Madura, Bali, vers les îles moins peuplées de Sumatra, Kalimantan
et Papua (Levang 1997). Ce programme remplissait simultanément plusieurs objectifs : répartir la
population de manière plus homogène dans l’archipel, donner de la terre aux paysans sans terre,
développer l’agriculture pour générer des revenus (en particulier par le soutien aux cultures
d’exportation), et occuper les frontières afin de mieux les contrôler (Levang, 1997).
Les petits planteurs se sont rapidement développés autour des grandes plantations, dans
certains cas, comme dans le secteur hévéicole indonésien, ils représentent la principale source
de production, en compétition avec les compagnies agro-industrielles. Le mode de diversification
agricole longtemps privilégié par les paysans est la plantation de cultures pérennes dans les
essarts cultivés en riz pluvial (‘
ladang’)
, jusqu’à la transformation de ceux-ci en plantations à la
physionomie forestière, où sont associées plusieurs espèces arborées aux utilisations multiples :
les agroforêts, systèmes agroforestiers complexes (Feintrenie et Levang 2009). Ces systèmes de
culture résultant de l’innovation paysanne, répondaient aux besoins monétaires des paysans non
couverts par le
ladang
tout en maintenant une biodiversité élevée et une couverture de type
forestière. Les principales fonctions écologiques de la forêt sont conservées dans les agroforêts,
tant concernant la régulation des ressources hydriques et du micro-climat que la protection du sol
(Michon et al. 1986; Michon et Bompard 1987).
Cependant les qualités environnementales des agroforêts ne sont pas au coeur des
préoccupations des paysans. Elles sont en réalité le résultat d’une économie en temps de travail
de par l’absence de lutte contre les adventices – ce qui permet le recrû forestier entre les plants
d’hévéa – la production de plusieurs produits de consommation courante sur une même parcelle,
et la conservation d’une certaine tradition agricole (Feintrenie et Levang 2009; Feintrenie et al.