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dans la sylviculture et le sciage, +60 % pour le chiffre d’affaires des entreprises de la filière,
+40 % pour les exportations…
Dans le Vorarlberg, on applique à la lettre le slogan du microbiologiste et écologue franco-
américain René Dubos :
« Penser globalement, agir localement
». Les productions locales sont
largement utilisées, mais le land exporte environ 70 % des produits de son industrie du bois vers
l’Allemagne, la Suisse, l’Italie.
Le bois dans les constructions publiques, c’est la vitrine qui est mise en avant par les habitants du
Vorarlberg, conscients que c’est là l’illustration de leur réussite et l’avenir de leur région. La
politique éco-responsable du Vorarlberg n’est pas le résultat d’un militantisme écologique
excessif et bruyant. C’est une succession de marches franchies, l’une après l’autre, par
l’ensemble des acteurs du bâti, les architectes, les ingénieurs, les entreprises, les décideurs, les
propriétaires forestiers, la population, visant un objectif commun, et favorisé par le fédéralisme et
le refus de l’harmonisation administrative qui a rendu possible cette redynamisation d’un territoire
forestier, pauvre à l’origine. La nouvelle prospérité de cette région doit beaucoup à l’appropriation
globale de la problématique environnementale, à sa ressource naturelle et renouvelable qu’est le
bois, mais aussi et surtout à l’intelligence humaine et au savoir-faire des hommes.
C’est là une réponse aux trois questions posées en introduction de ce texte.
Le modèle du Vorarlberg est-il transposable ou déjà transposé?
La France n’est pas, en Europe, le pays le plus en pointe dans cette réappropriation de la
ressource naturelle et renouvelable que constitue le bois. Mais c’est l’évolution incontestable de
cette mise en valeur du matériau, dans une nouvelle économie verte, qui peut être analysée.
Avec plus de 16 millions d’hectares en France métropolitaine, le taux de boisement est de 30 %.
La forêt française a retrouvé sa superficie du Moyen-Âge. C’est le 4e pays forestier d’Europe. La
ressource est constituée de 2/3 de feuillus et de 1/3 de résineux. Elle est privée à 70 %. Les 2,5
millions de propriétaires de parcelles inférieures à 1 hectare posent aujourd’hui la question de la
valorisation économique de ce patrimoine. Comme au Vorarlberg et dans la plupart des pays
européens, la récolte annuelle (de l’ordre de 40 millions de m
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) reste très inférieure à
l’accroissement biologique.
Comme beaucoup de pays forestiers, la France a longtemps oublié qu’elle avait un gisement de
matière première et d’énergie qui pouvait conduire à un changement de paradigme. Ce
changement était là, palpable, mesurable et devait prendre en compte l’épuisement des
ressources fossiles, et la réalité des matériaux et des énergies renouvelables. L’une des
réponses était là, évidente, tellement évidente, qu’elle a été oubliée : «
Elle était dans le silence
de l’arbre qui grandit
». Le choc pétrolier de 1973 en a été le révélateur et marque cette nouvelle
approche du bois-construction en France. La mise en place en 1995 du Comité National pour le
Développement du Bois qui visait, comme les structures existantes en Suisse, Allemagne,