Page 138 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_04

Basic HTML Version

4-135
contrairement à ce qui se construit sur la plupart des chantiers du monde dans les pays du Sud,
le bâtiment qui surgit de terre ne constitue pas une baisse irrémédiable de la qualité visuelle de
l’environnement où il est censé s’intégrer. Il est possible de penser la construction avec le bois
qui soit réalisable en se passant de tout l’attirail coûteux et polluant de la construction
industrialisée en bétons armés, parpaings, tôles, aciers, verres, plastiques qui ajoutent la laideur
à la misère.
Le travail d’Anna Heringer est en ce sens une extraordinaire démonstration de ce qu’il est
possible de faire à travers l’architecture et le développement (Allix, 2011). Son travail au
Bangladesh s’est appuyé sur l’utilisation principale de la terre, mais le bois, le bambou y étaient
aussi très présents.
Elle a décidé, pour offrir aux paysans les plus pauvres de la planète, les moyens de se sortir de la
misère par eux même, de tourner le dos aux techniques que l’on utilise dans le monde développé
et qui ont fait oublier des savoir-faire millénaires stupidement désappris. Elle a repensé
intégralement le problème de la construction, en s’inspirant des techniques vernaculaires. Elle a
recréé une architecture manuelle, écologique, participative, moderne, qui est basée sur une règle
sans concession : utilisation exclusive de matériaux locaux. Le résultat est beau, utile, durable.
On retrouve là la définition que donnait Le Corbusier de l’architecture : «
On met en œuvre de la
pierre, de l’acier, du bois; on en fait des maisons, des palais; c’est la construction. L’ingéniosité
travaille. Mais tout à coup vous me prenez au cœur, vous me faites du bien, je suis heureux, je
dis : c’est beau. Voilà l’architecture
».
Les réalisations d’Anna Heringer fonctionnent parce que son architecte ne fait aucune concession
aux matériaux industriels : il n’y a pas une huisserie en aluminium ou en PVC, pas de tôle
ondulée, pas un porteur en béton, pas une tige d’acier. L’architecture, l’ingénierie deviennent un
art au service de l’humain en mettant l’intelligence au service de ce qui existe localement : les
ressources et les hommes.
C’est là aussi un enseignement venu du Vorarlberg, et exprimé par Dietmar Eberle: «
habitués à
la pauvreté, nous avons appris à tirer le meilleur parti de ce que nous avions
». Dietmar Eberlé
appartient à la deuxième génération des «
Baukünstler du Voralberg
», cet d’architecte, militant
vert, a consciemment utilisé le développement rapide de cette partie du sillon rhénan pour en
faire un laboratoire architectural du développement durable à partir du bois.
Dans l’ensemble des fonctionnalités des forêts du monde, dans la recherche permanente des
éléments pouvant contribuer au développement durable, il est plus que jamais utile de redonner
au bois la modernité d’un matériau, fait pour construire, et capable de satisfaire les besoins
humains.
C’est incontestablement l’architecture qui peut en être le moteur.