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4.1 Les services économiques de la forêt pour le
développement durable
Marc Dufumier,
professeur, AgroParisTech, 16, rue Claude Bernard, 75005 Paris,
dufumier@agroparistech.fr
Notre planète compte déjà plus de 7 milliards d’humains et près d’un milliard de personnes n’ont
toujours pas accès tous les jours aux 2200 kilocalories dont elles auraient besoin pour ne pas
souffrir de sous-alimentation (FAO 2011). Près de 2 milliards de gens vivent encore sous le seuil
de pauvreté et sont victimes de carences alimentaires chroniques. Nous serons sans doute un
peu plus de 9 milliards d’habitants en 2050 et la souhaitable élévation du niveau de vie des plus
pauvres devrait aller de pair avec une consommation accrue de produits animaux (lait, œufs et
viandes) et de biens manufacturés dont la fabrication va exiger une consommation encore plus
rapide de biomasse végétale : du bois pour l’énergie, la pâte à papier et la construction, du
fourrage pour l’alimentation animale, des fibres pour les industries textiles, des molécules
médicinales pour la pharmacopée, du latex ou diverses résines pour le caoutchouc et diverses
gommes, des plantes odorantes pour les essences à parfums, du saccharose ou des huiles pour
les agro-carburants, etc.
La question se pose donc de savoir comment il nous sera possible de nourrir toujours mieux la
population mondiale sans cesse croissante et satisfaire sa demande accrue en produits de plus en
plus diversifiés tout en garantissant le développement durable et harmonieux de nos sociétés :
production de bien-être, équité sociale, adaptation au réchauffement climatique global, réduction des
émissions de gaz à effet de serre, préservation de la biodiversité, qualité de l’environnement, etc.
Un pourcentage non négligeable de la population mondiale (500 millions d’humains) vit de nos
jours dans les forêts et leurs abords immédiats. Ces forêts ont indéniablement la capacité
potentielle de contribuer au développement économique, à l’éradication de la pauvreté et à la
production de bien-être : autoconsommation de produits de cueillette et de chasse par les
populations locales, vente de bois d’œuvre et de bois énergie, fourniture de matériaux divers pour
la construction, les bâtiments et l’artisanat (vannerie, sparterie, etc.), de molécules médicinales
pour la pharmacopée, de latex pour la vulcanisation, d’huiles essentielles pour la fabrication de
parfums, etc. Et nous verrons que l’exploitation forestière gérée selon les principes du
« développement durable » peut représenter un complément incontestable à la création d’aires
protégées.
Mais il est malheureusement à craindre que, dans le contexte actuel, l’aspiration légitime des
peuples au développement économique et à l’amélioration de leurs conditions de vie aille quand
même à l’encontre de la préservation de nos dernières forêts, avec la disparition corollaire des