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services économiques et environnementaux qu’elles parviennent encore tant bien que mal à nous
procurer. Le risque ne serait-il pas d’assister globalement à une surexploitation rapide des
dernières ressources forestières (gibier, bois d’œuvre et de service, bois énergie, plantes
aromatiques et médicinales, latex et résines, miel, champignons et autres produits de cueillette
non ligneux) et à un élargissement inconsidéré des surfaces cultivées, pâturées et urbanisées, au
détriment des forêts encore existantes? Et quelles pourraient être alors les modalités d’une
exploitation forestière et d’un développement agricole plus conforme aux exigences du
« développement durable »?
Les menaces et périls actuels :
La déforestation liée à la surexploitation des ressources forestières en zones tropicales.
À l’échelle mondiale, environ 130 000 kilomètres carrés (1,3 million d’hectares) seraient encore
déboisés tous les ans, soit plus de quatre fois la superficie de la Belgique (FAO 2011 a). Compte
tenu de la régénération naturelle spontanée de certaines forêts et des programmes de
replantation, la perte nette serait aux alentours de 52 000 kilomètres carrés. Cette perte nette de
forêt intervient surtout dans les régions intertropicales, alors même que les forêts boréales et
tempérées auraient eu, quant à elles, plutôt tendance à stagner ou même légèrement progresser
au cours des trois dernières décennies. Les trois grands bassins forestiers équatoriaux de
Bornéo – Sumatra, de l’Amazonie et de l’Afrique centrale, sont particulièrement concernés par la
déforestation.
On considère généralement qu’un abattage de deux gros arbres à l’hectare ne change pas de
manière significative la structure d’une forêt primaire en région intertropicale et les multiples
fonctions de celle-ci en résultent assez peu perturbées. Mais force nous est de constater qu’il
existe encore aujourd’hui, dans les pays intertropicaux, un grand nombre d’exploitations
forestières gérées de façon non durable, du fait de leurs coupes excessives et anarchiques; et
nombreuses sont les dégradations qui peuvent leur être toujours imputées. Il en est tout
particulièrement ainsi lorsque les abattages dépassent les 5 à 6 arbres à l’hectare
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. Au-delà de
cet effectif, la tombée des arbres et les chemins de débardage peuvent contribuer à détruire de
12 à 13 % des juvéniles et à ralentir d’autant la reconstitution de la forêt. Mais soucieuses de
maximiser leur taux de profit, les grandes compagnies forestières s’efforcent presque toujours de
ne pas trop disperser leurs efforts et tentent donc d’abattre le plus grand nombre d’arbres
exploitables par unité de surface, en une seule opération, sans trop se soucier de ce que pourrait
être le renouvellement des espèces forestières sur une période qui excède largement la durée
des concessions qui leur ont été accordées.
Certes, nombreux ont été récemment les gouvernements qui prirent des mesures destinées à
éviter une telle surexploitation des essences forestières, en n’autorisant qu’un nombre limité de
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Avec une exploitation fondée sur des coupes ne dépassant pas les 5 à 6 fûts à l’hectare, l’ensemble de
la forêt peut être généralement reconstituée en une trentaine d’années, ce qui correspond à l’horizon
d’une génération.