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compatible avec l’exigence d’une préservation des ressources naturelles à long terme. Le choix
de taux d’actualisation très élevés dans les évaluations financières incite ces mêmes sociétés à
privilégier les techniques d’exploitation qui procurent un retour sur investissement le plus rapide
possible plutôt que celles qui assureraient une cueillette sélective et soigneuse des seules
espèces les plus utiles. Les coûts des modalités d’exploitation qui permettent de préserver
l’environnement forestier sont en effet beaucoup plus élevés par unité de volume que celles
consistant à prélever au plus vite la totalité des espèces précieuses momentanément disponibles.
Et force nous est de reconnaître que dans un tel contexte, les mesures législatives,
administratives et policières, destinées à contrecarrer la mise en œuvre des techniques
destructives de l’environnement restent souvent sans grand effet, du fait notamment de la
corruption et des difficultés relatives à la charge de la preuve de la légalité ou de l’illégalité.
D’où l’idée d’œuvrer désormais en faveur de processus de labellisation ou de certification qui
puissent assurer un prix de vente plus élevé à celles des sociétés qui s’engagent à garantir le
recours aux seules modalités d’exploitation forestières durables. Ce supplément de revenus doit
logiquement compenser le coût qu’impliquent la procédure de certification et l’adoption des
« bonnes pratiques ». On a vu qu’il existe d’ores et déjà plusieurs catégories de certification à
l’échelle mondiale (FSC, PEFC, normes ISO, etc.); mais volontaires et de droit strictement privé,
ces marques n’inspirent pas toutes la même confiance à ceux qui souhaitent n’acheter que des
produits forestiers labellisés « durables ». Il semble en effet exister un certain écart entre les
attentes de nombreux citoyens et les performances environnementales actuelles ou escomptées
des sociétés forestières.
La même volonté de maximiser au plus vite les taux de profit annuels se retrouve aussi
généralement au sein des grandes compagnies agricoles soucieuses de réaliser des économies
d’échelle et d’étendre toujours davantage leurs plantations monospécifiques, le plus souvent
destinées aux exportations (caféiers, cacaoyers, hévéas, bananiers, etc.), aux dépens des
couverts forestiers. Sans doute les gouvernements seraient-ils bien inspirés de ne pas leur
accorder trop facilement les concessions de terres qu’elles réclament pour ce faire. Mais il est
malheureusement à craindre que ce mouvement d’extension des plantations au détriment des
forêts soit amené à s’accélérer encore davantage dans les années à venir si les prix des énergies
fossiles venaient à augmenter sensiblement, comme le prévoient de nombreux économistes,
avec pour effet de rendre toujours plus rentables les plantations de palmiers à huile destinées à la
production d’agro-carburants.
À l’inverse des détenteurs de grands domaines qui ne travaillent pas directement dans
l’agriculture, mais y injectent seulement du capital en vue de maximiser leur « taux de profit », en
comparaison d’autres opportunités de placements, les paysans sont des gens qui travaillent eux-
mêmes pour leur propre compte en comparant la rémunération de leur main-d’oeuvre familiale
avec ce qu’il leur serait possible d’obtenir en exerçant éventuellement d’autres activités. Dans un
contexte de chômage croissant, les paysans ont alors souvent intérêt à assurer le plein emploi de
leur force de travail familiale et à échelonner les travaux culturaux et les activités d’élevage tout