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Les conditions à réunir pour que les alternatives techniques puissent acquérir l’adhésion
du plus grand nombre d’agents économiques
On vient de voir qu’il existe des techniques d’exploitation forestière et un grand nombre de
pratiques agricoles qui permettraient aux populations rurales de mettre durablement en valeur
leurs divers environnements sans surexploiter les ressources forestières encore existantes ni
étendre les surfaces cultivées et pâturées aux dépens des dernières forêts. Mais aménager
durablement ces environnements forestiers ou agroforestiers au service d’un développement
économique qui puisse améliorer le bien-être et les conditions de vie du plus grand nombre
possible de personnes à l’échelle mondiale suppose néanmoins que soient réunies un certain
nombre de conditions économiques, sociales et politiques.
Outre la possibilité de payer directement les populations rurales pour leurs éventuels services
environnementaux, paiements dont il sera plus particulièrement question au chapitre V sur la
gouvernance, il peut être nécessaire de créer les conditions socio-économiques qui fassent que,
travaillant de prime abord pour leurs intérêts privés, le plus grand nombre de populations rurales
vivant aux abords des forêts soient aussi incitées à mettre en œuvre les systèmes de production
les plus conformes à l’intérêt général. Et qu’elles en aient aussi les moyens.
Mais cela suppose une très ferme volonté politique de la part des gouvernements pour réguler en
ce sens l’économie de marché. Car il existe encore aujourd’hui de très nombreux obstacles pour
assurer la durabilité des processus d’exploitation forestière et de mise en valeur agricole des
écosystèmes ruraux. À savoir notamment :
la soif de profit à court terme de nombreuses sociétés forestières et agricoles pour qui le
maintien d’un couvert forestier ou agroforestier dans la durée peut ne pas s’avérer
« rentable »,
la pauvreté de trop nombreux paysans qui n’ont souvent pas les moyens financiers et
matériels de pratiquer les systèmes de culture et d’élevage les plus à même d’assurer un
développement agricole durable, avec pour conséquences de ne pas pouvoir reproduire
les capacités productives de leurs écosystèmes et de devoir même souvent défricher
toujours davantage de pans de forêts,
l’incompréhension dont font encore preuve certaines autorités au sujet des savoir-faire
paysans,
et l’absence de conditions institutionnelles appropriées à une gestion durable des biens
communs.
Privilégier les formes d’agriculture paysannes
La quête de profit à court terme de sociétés privées dont les capitaux peuvent être rapidement
déplacés en relation avec d’autres opportunités de placements lucratifs constitue bien souvent
l’un des obstacles majeurs à une exploitation forestière durable. Leur recherche d’un taux de
rentabilité interne maximum manifeste en effet une préférence pour le présent bien peu