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dispersées. Mais on pourrait par contre plus aisément ne plus taxer les produits issus de l’agro-
foresterie à l’égal de ceux issus de la cueillette dans les forêts naturelles, quitte à mettre en place
des processus de labellisation des filières agro-forestières (Dupraz Ch. et Liagre F. 2008.).
Repenser la recherche agro-écologique en intégrant davantage agriculture, élevage et
forêts
Mais du fait de leur caractère artisanal, ces pratiques paysannes ont trop souvent été sous-
estimées par les autorités politiques, les organismes de recherche et les fonctionnaires de l’État;
tant et si bien qu’il est devenu urgent pour ces derniers de repenser totalement leurs politiques de
recherche et développement technologiques au service des paysanneries. La question
fondamentale est alors de savoir en fonction de quels critères devraient être désormais conçues
et mises en œuvre les recherches agronomiques au service du développement durable.
Force nous est de constater en effet que les recherches agronomiques menées actuellement au
« Nord » comme au « Sud » se situent encore trop exclusivement dans le seul paradigme de
« l’amélioration » variétale et de l’ingénierie génétique; elles ne sont que très peu inspirées de
l’agro-écologie et de la biologie intégrative (Vanloqueren G et Baret Ph. 2009). De même
convient-il de souligner le peu d’attention portée, dans le champ des sciences sociales, aux
recherches destinées à rendre plus intelligibles les conditions dans lesquelles les différentes
catégories d’exploitants ont su elles-mêmes procéder à de nombreuses innovations et n’ont pas
nécessairement intérêt aujourd’hui à avoir recours aux mêmes techniques agricoles.
Les ingénieurs agronomes devraient prendre davantage en considération les multiples
interactions entre processus biochimiques au sein même des agro-écosystèmes, en prenant soin
notamment de ne pas oublier le rôle que peuvent jouer les arbres et les arbustes en leur sein.
Plutôt que de vouloir sans cesse élaborer de prétendues « améliorations » en stations
expérimentales, toutes choses égales par ailleurs, ces ingénieurs devraient prioritairement rendre
plus intelligible le fonctionnement concret des écosystèmes aménagés par les agriculteurs, et
expliquer les effets des diverses techniques pratiquées sur les rendements des cultures et les
performances des troupeaux. Plutôt que des recherches conduites en milieu parfaitement
contrôlé, les agriculteurs semblent en fait avoir surtout besoin d’évaluations rigoureuses de leurs
propres innovations et de modèles prédictifs fiables sur ce qui pourrait intervenir ultérieurement
dans chacune de leurs localités et au sein même des exploitations, dans des conditions
écologiques (cf. le réchauffement climatique) et socio-économiques sans cesse changeantes.
Sans doute les recherches menées dans le domaine de l’agro-écologie devront-elles associer
étroitement les recherches fondamentales sur les interactions entre cycles biochimiques au sein
des agro-écosystèmes aux innovations et expérimentations menées en « vraie grandeur » au
sein même des exploitations agricoles (Warner K.D. 2007). L’important sera de ne plus
considérer l’objet de travail des agriculteurs comme étant réduit à seulement un terrain, une
plante ou un troupeau, pris isolément, mais comme étant à chaque fois un agro-écosystème