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complexe dont l’aménagement suppose même souvent des collaborations entre les divers agents
économiques à l’échelle d’espaces souvent emboîtés : terroirs, finages villageois, bassins
versants, « pays », etc. Pour être plus durable, le développement agricole a surtout besoin de
recherches qui soient à la fois plus fondamentales et plus respectueuses des innovations
paysannes (IAASTD. 2009).
Sécuriser l’accès au foncier
L’accès au foncier constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour que les paysanneries soient
incitées à pratiquer des systèmes de production agricoles durables et protecteurs des couverts
forestiers. La mise en œuvre des pratiques inspirées de l’agro-écologie suppose en effet qu’elles
puissent jouir d’une grande sécurité foncière, de façon à pouvoir bénéficier des fruits de leurs
efforts sur le long terme. On imagine mal, par exemple, comment des agriculteurs pourraient être
incités à planter et entretenir des arbres dans leurs parcelles sans l’espoir de pouvoir en récolter
intégralement les fruits et les autres productions à plus ou moins long terme. Ainsi en est-il
notamment dans les pays et les régions d’Afrique où la terre ne fait pas encore vraiment l’objet
d’une appropriation privée et où les modalités d’accès aux terrains agricoles restent encore très
incertaines et peuvent éventuellement être modifiées d’une année à l’autre. Les États s’y
considèrent généralement comme le propriétaire éminent de toutes les terres non encore
cadastrées et immatriculées en se réservant le droit de légiférer sur la répartition des droits
d’usage et d’usufruits; mais dans les faits, les droits d’accès aux terrains agricoles et pastoraux
restent encore bien souvent régis par des droits coutumiers dans lesquels la réalité du pouvoir est
confiée aux chefs de lignages, clans et tribus. Cette juxtaposition de deux sources de droits
différentes pour les mêmes terrains est à l’origine d’une très grande incertitude pouvant faire
obstacle à toute tentative d’intensification durable des systèmes de culture et d’élevage. À quoi
s’ajoute aussi le fait que des surfaces souvent considérables sont indivises et restent libres
d’accès pour les familles et les animaux de quiconque, avec pour effet d’y favoriser le
phénomène de « tragédie des communs » : surexploitation des ressources ligneuses,
surpâturage des terres de parcours, érosion des sols, etc. Il importe alors de pouvoir assurer au
plus tôt la sécurisation des droits d’accès et d’usage au foncier et aux ressources naturelles dans
de telles régions où les paysans ne sont guère incités à pratiquer les techniques agricoles les
plus respectueuses de l’environnement (Lavigne-Delville Ph. et Durand-Lasserve A. 2008).
Sous la pression de certaines organisations internationales, des processus de privatisation et de
titrisation des terres ont été mis en place, mais avec souvent pour effet d’engendrer des
phénomènes d’enclosure et d’accaparement du foncier avec l’apparition progressive d’un
véritable marché de la terre dont sont exclues les catégories d’agriculteurs et d’éleveurs les plus
pauvres. Il est même des fois où l’accaparement du foncier est le fait de grandes sociétés
multinationales à qui les États octroient des concessions foncières de très longue durée (baux
emphytéotiques). Ce land grabbing est révélateur à la fois de la panique de certains États
soucieux de garantir leurs approvisionnements agro-alimentaires et de la croyance encore
maintenue dans la « supériorité » des exploitations latifundiaires. Mais la sécurité des