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Avant 1960 : défriche, protection et recru
Les finages villageois étaient alors organisés en deux principaux terroirs, dédiés respectivement à
des « champs de case » et des « champs de brousse » où les systèmes de cultures étaient fort
différents.
Les cultures continues des champs de case
Cultivés à proximité des habitations, les « champs de case » étaient régulièrement fertilisés par
les déchets domestiques et les déjections des petits ruminants (ovins et caprins) parqués toutes
les nuits au sein ou à proximité immédiate des villages. Ils pouvaient donc être cultivés tous les
ans sans perte de fertilité. On y cultivait principalement des cultures de cycle court (maïs hâtif,
sorgho rouge). Ainsi ces parcelles semées plus tard, mais récoltées plus tôt jouaient un rôle de
premier ordre pour passer la période de soudure alimentaire sans entraîner de concurrence pour
le temps de travail avec les autres parcelles.
Les cultures sur abattis-brûlis des champs de brousse
Mais le nombre d’animaux était alors trop réduit et les moyens de transport trop rudimentaires
pour étendre ces systèmes de culture à de grandes parcelles plus éloignées. Dans les champs
de brousse, les systèmes de culture sur abattis-brûlis s’imposaient.
Chaque année une parcelle de brousse était défrichée, brûlée et mise en culture. Les céréales
(sorgho, maïs, mil) occupaient la parcelle pendant deux ou trois ans puis les légumineuses
étaient semées sur un sol déjà appauvri en azote (arachide, pois de terre ou niébé). Mais
rapidement, les herbes adventices se développaient et les rendements commençaient à baisser.
La parcelle était alors laissée en friche pour une quinzaine d’années et une nouvelle parcelle était
mise en culture. Rappelons que par leur enracinement profond, les arbres qui se développent
durant les longues périodes de friche peuvent puiser en profondeur les éléments minéraux qui
échappent aux racines de la plupart des cultures annuelles. Par la chute des feuilles et des
branches au cours de la période de friche, puis par l’abattis et le brûlis, ces éléments sont mis à
disposition des cultures sous forme organique et minérale.
Contrairement à une idée fort répandue, ces systèmes n’entraînent pas nécessairement une
déforestation. Pour les agriculteurs, laisser la végétation reprendre ses droits est en effet
indispensable à la durabilité des rendements et donc à leur survie. Et en dessous d’une trentaine
d’habitants au kilomètre carré, densité bien supérieure à celle des campagnes soudano-
sahéliennes de l’époque, le couvert arboré peut aisément se reconstituer.
Mais dans ces forêts claires que sont les savanes arborées de la frange soudano-sahélienne, le
couvert végétal se reconstitue lentement et les quantités de biomasse disponibles après abattis
sont relativement faibles, d’autant que les températures élevées accélèrent leur minéralisation.
C’est pourquoi de nombreuses espèces ligneuses étaient conservées au moment de l’abattis et
protégées du brûlis. C’est le cas du baobab (
Adansonia spp
.) qui fait encore l’objet d’utilisations
multiples : le fruit est consommé, les feuilles servent à la préparation de sauces et l’écorce fournit