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des fibres. On conservait aussi les nérés (
Parkia biglobosa
) pour leurs graines et les karités
(
Butyrospermum
) dont le fruit fournit une huile comestible. Ces arbres n’ont jamais fait l’objet
d’une véritable plantation, mais les fruits étant ramenés régulièrement au village, de nouveaux
individus se sont développés et étant protégés, leur peuplement est allé croissant. Mais l’intérêt
majeur de ces arbres était de maintenir un couvert sur les parcelles même durant les années de
culture et ainsi de continuer à bénéficier de la matière organique qui s’accumulait à leurs pieds.
La densité ne dépassait cependant pas la trentaine d’arbres à l’hectare (Tersiguel, 1995) de
façon à ne pas gêner le développement des cultures par un ombrage trop prononcé. Mais il ne
faudrait pas oublier l’
Acacia albida
(le « kad ») qui présente la particularité de perdre ses feuilles
au début de la saison des pluies et n’entre donc pas en compétition avec les cultures. Il s’agit par
ailleurs d’une légumineuse qui par fixation de l’azote atmosphérique contribue grandement à la
fertilité des parcelles. En outre, ses frondaisons constituent un bon fourrage de saison sèche.
Ensuite, si les premiers contacts entre éleveurs nomades et agriculteurs portaient sur des
échanges (viande et lait contre céréales), des contrats de fumure ont vite été élaborés : pendant
la saison sèche, les animaux des éleveurs étaient parqués la nuit sur les parcelles qui venaient
d’être récoltées. Au cours de cette vaine pâture, les animaux bénéficiaient d’un complément
alimentaire appréciable avec les résidus de culture. Surtout leurs déplacements quotidiens entre
les parcours, où ils pâturaient la journée et les parcelles où ils passaient la nuit assuraient un
transfert de biomasse de la brousse vers les zones de culture.
1960-1990 : culture continue et reconstitution de la brousse
Avec les indépendances, les jeunes États africains ont vu dans les cultures d’exportation
introduites à l’époque coloniale (arachide et cotonnier principalement), la source des devises
nécessaires au développement de leur nation. L’accent fut donc mis sur des politiques agricoles
incitatives : prix stabilisés, engrais minéraux subventionnés et accès à un crédit agricole gagé sur
ces productions commerciales.
La fin des friches...
Avec ces crédits, les paysans vont pouvoir rapidement acquérir des équipements attelés : bœufs
de trait, charrettes, sarclo-bineurs et charrues. La pratique du labour et les sarclo-binages vont
grandement faciliter la lutte contre les herbes adventices et autoriser une extension notable des
surfaces annuellement cultivées par actif.
Mais passer à la traction attelée impliquait de ne plus avoir recours à la friche de façon à éliminer
suffisamment les souches pour une utilisation aisée de ces nouveaux équipements.