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forestières. L’État s’est ainsi arrogé le droit de propriété, de contrôle et de gestion sur presque
toutes les terres et les massifs forestiers du territoire national, ne laissant aux populations locales
que le droit traditionnel d’usage. Ce droit est d’ailleurs très restreint et essentiellement révocable
(Egbe, 1997; 2001).
L’injustice s’est ensuite manifestée au niveau du partage des retombées de l’exploitation des
ressources de la zone. En effet, jusqu’en 2000, les concessionnaires et l’État s’arrogeaient « la
part du lion » des retombées financières générées par l’exploitation industrielle des ressources
forestières et fauniques, ne réservant, aux populations riveraines, qu’une part dérisoire; part
d’ailleurs gérée par les maires. Dans la quasi-totalité des municipalités concernées, les maires
n’étaient
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ni plus, ni moins, que des appendices locaux de l’appareil politico-administratif mis en
place par la classe dirigeante, installée à Yaoundé. Au bout du compte, les populations à la base
n’avaient presque rien comme retombées financières. Plusieurs sources concordent d’ailleurs
pour dire que jusqu’à présent, les retombées de la plus grosse part de la rente forestière
destinées aux communautés locales que constituent des redevances forestières
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, restent peu
significatives (Topa & al., 2009; Eloundou, 2010; Becker & Tchala, 2011).
Enfin, l’injustice se lit au niveau du partage des autres retombées de l’exploitation industrielle des
ressources. À ce niveau, les populations estiment que l’impact de la présence des entreprises
forestières et de chasse sportive est en dessous des attentes. Elles évoquent, en guise
d’illustration, l’emploi, tant en termes de quantité (moins de 30 % des employés des entreprises
sont issus des communautés locales), que de qualité (dans l’ensemble des 15 entreprises
forestières de la zone, on compte seulement 4 cadres ou agents de maîtrise issus des localités
riveraines, la quasi-totalité des employés, originaires de la zone n’étant que des manœuvres).
Cet état de choses justifie, en partie, la situation de pauvreté dans laquelle vivent les populations
de la zone, évaluées à environ 120 000 personnes. On y compte un médecin pour 30 000
personnes, un point d’eau potable pour 828 personnes et un moulin à maïs pour 358 personnes;
seulement 30 % des ménages ont accès à l’énergie électrique, et ce, de façon sporadique; 61 %
des habitations sont faites de matière végétale… Bref, l’abondance des richesses contraste
nettement avec le niveau de vie dans la zone (Defo 2007).
Émergence des conditions favorables à l’accès aux ressources fauniques par les ayants
droit locaux
Inspiré par les résolutions de la Conférence de Rio de 1992 en matière de développement
durable, poussé par les résultats mitigés du code forestier de 1981 (MINEF 1995a & b) et sous la
pression de certains bailleurs de fonds (Nguiffo & Djeukam, 2000 ; Egbe, 2001), le Gouvernement
du Cameroun a adopté une nouvelle politique forestière au milieu de la décennie 1990. Cette
dernière, qui s’est concrétisée par la loi n° 94/01 du 20 janvier 1994 et ses différents textes
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Cette situation n’a véritablement pas changé jusqu’à présent
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Les redevances forestières proviennent des taxes payées dans le cadre de l’exploitation forestière
industrielle.