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rançonnement des responsables des COVAREF lors de la validation des documents de retrait
des fonds de la banque, perception des montants surévalués lors des missions de suivi,
augmentation sensible (près de 100 % d’augmentation entre 2008 et 2009) des coûts de retraits
des fonds à cause de la délocalisation des comptes des COVAREF de Yokadouma à Bertoua
(distance supplémentaire de 300 km pour près de 10 heures de voyage), etc. Ces tares grèvent
une part non négligeable des budgets des COVAREF et impactent négativement la réalisation
des microprojets communautaires. Ils sont, pour une large part, attribuables à l’« inflation » du
cadre réglementaire. En effet, en l’espace de trois années, le gouvernement a pris cinq textes
9
,
relatifs à la collecte, la sécurisation, la rétrocession et l’utilisation des revenus provenant de
l’exploitation des ressources fauniques destinées aux communautés locales. Ces textes ont
débouché sur un recentrage du contrôle de la gestion des revenus des COVAREF sur les
gouverneurs de Région et le délégué régional des forêts et de la faune. Ils ont aussi donné lieu à
une forte intrusion du délégué départemental en charge de la faune, des maires et des sous-
préfets dans cette gestion. Ces textes, qui ont ouvert la porte aux ponctions diverses sur l’argent
des communautés par certaines personnalités sus-citées, ont été tous initiés par des
fonctionnaires qui n’ont jamais accepté la perte de leurs multiples privilèges occasionnés par la
décentralisation des ressources et des retombées. Alors qu’avant 2007, le système était
orchestré et géré localement par les COVAREF avec beaucoup d’autonomie, dorénavant, l’État y
est omniprésent et on assiste à la multiplication des dérives. On est là pleinement dans ce que
Nguiffo et Djeukam ont appelé « décentralisation sous contrôle » ou dévolution obéissant à une
« logique patrimoniale » (2000 : 104). L’accès aux ressources et l’équité dans leur redistribution
se trouvent du même coup limités.
Conclusion
Les constats et les analyses ci-dessus dégagés, permettent de dire que la lutte contre la
corruption et l’impunité, tant au niveau local qu’à l’échelle nationale, le renforcement des
capacités techniques des communautés, l’octroi d’une partie des incitations à titre individuel aux
ménages pour la satisfaction des besoins vitaux à court terme, l’existence de cadres normatifs
stables, moins ambigus et construits « par le bas » font partie des leviers importants dans la
promotion d’une gestion communautaire et équitable des ressources naturelles.
La réussite des initiatives de dévolution de responsabilité aux ayants droit locaux véritablement
motivés par l’octroi et la sécurisation des droits d’accès et d’utilisation ainsi que l’équité dans la
redistribution des ressources est aussi conditionnée par l’existence d’entités et d’arrangements
locaux qui tiennent compte de la configuration des institutions et pratiques sociales
traditionnelles.
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Note
de
service
n°144/NS/MINFOF/SG/DFAP/SDVEF;
Lettre
n°0798/L/MINFOF/SG/DFAP/SDEVF/SGCP; Lettre n°0799/LC/MINFOF/SG/DFAP/SDEVF/SGCP;
Lettre n°1044/L/MINFOF/SG/DFAP/SDEVF/SGCP et Arrêté conjoint n° 0520 MINATD/MINFI/MINFOF.