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train se priver de leurs ressources au profit de « gros poissons »
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. Au bout du compte, en
l’absence d’un système de sécurisation adéquate de la ressource, ce sont les plus nantis, c’est-à-
dire les personnes capables de se procurer des armes et les câbles de chasse, qui profitent le
plus de la ressource au détriment de la masse de pauvres, foulant ainsi du pied le principe
d’équité dans l’accès à la ressource.
L’inefficacité du système de protection de la ressource se justifie également par les lacunes
d’ordre organisationnel et technique de la part des communautés locales. Les contraintes
sociopolitiques, limitant l’organisation de ces communautés pour la gestion de la faune, ont déjà
été énoncées. Du point de vue technique, on peut juste signaler que ces communautés ne
maîtrisent pas les techniques d’aménagement durable de la faune et les organisations
d’accompagnement sont loin de pouvoir disposer des moyens d’appui suffisants dans ce
domaine.
Le second pan du regard critique, en rapport avec l’accès et l’équité, concerne la gestion des
retombées financières de la faune. Le système mis en place a-t-il débouché sur une amélioration
de l’accès aux retombées et une redistribution équitable de ces dernières? Les éléments évoqués
plus haut permettent certes de répondre par l’affirmative, mais il est opportun de dire aussi que
des insuffisances de gestion ont limité la portée de l’accès et de la redistribution. L’optimisation
des effets positifs des retombées s’est heurtée à deux obstacles importants à savoir : la mauvaise
gestion faite par les responsables des COVAREF et les freins venant de l’administration.
La mauvaise gestion est liée au manque de compétences managériales d’une part et le
détournement d’autre part. Le manque de compétences concerne surtout les responsables
nouvellement arrivés aux postes de responsabilités dans les bureaux de COVAREF et se
manifeste par des lacunes telles que la mauvaise identification et le dimensionnement des projets
communautaires et l’absence de suivi des marchés. Elle se traduit, entre autres, par l’abandon
des chantiers et/ou la mauvaise exécution des travaux. Le renforcement des capacités des
responsables permet chaque fois de pallier, tout au moins en partie, à cette insuffisance. Les
détournements des fonds par les responsables des COVAREF se manifestent par la
surfacturation, le paiement des sommes non dues aux tiers (prestataires de service, agents de
l’État, etc.) et l’utilisation des fonds à des fins personnelles. On estime à près de 20 %, le niveau
de déperdition des fonds lié à ces pratiques, et ce en dépit de la mise en place des procédures de
gestion financière. La complicité des agents de l’État, l’impunité et l’extrême faiblesse des
systèmes de sanction sociale amplifient ces malversations.
Les freins venant de l’administration sont nombreux : lenteurs administratives dans la
rétrocession, distraction des fonds dans le circuit de collecte et de sécurisation des fonds
destinés aux communautés (près de 10 000 US $ représentant les 10 % en sus de la taxe
d’abattage destinée aux populations en 2007 ont ainsi pris une destination inconnue),
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On peut aussi traduire ceci par voleurs à col blanc ou personnes influentes (du point de vue
économique ou politique)