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d’années grâce à l’adoption de technologies améliorées, dont l’apport d’engrais commercial
facilité par l’accès routier jusqu’au centre de la région, permettant une forte augmentation de la
surface agraire soumise à deux récoltes annuelles. De 1975 à 1995, la population avait augmenté
de 30 %, et bien que le déficit de nourriture était réduit à environ 10 %, la pauvreté continuait de
sévir. La production a ensuite stagné en raison de la dégradation de la qualité des sols.
L’émigration saisonnière pour obtenir des revenus impliquait environ 30 % de la population,
majoritairement d’hommes (INFRAS 1995).
Dans le secteur forestier, l’accent du deuxième projet était principalement un appui au Service
forestier pour l’afforestation (plus de 6’000 ha) de zones dégradées et de pâturages, pour la
protection de forêts existantes et pour le renforcement des capacités institutionnelles. Cette
approche du Service forestier et des différents bailleurs de fonds était devenue généralisée dans
le pays, suite à des prédictions alarmistes à la fin des années 1970 concernant la dégradation
des forêts, avec une quasi compétition entre districts et bailleurs de fonds pour le plus d’hectares
de plantations établies. La Banque mondiale avait estimé en 1978 qu’au rythme de
« déforestation » présumé il n’y aurait plus de forêt dans la zone de moyennes montagnes en
1993. En fait, la surface forestière couvrait encore 40 % du territoire national, et n’avait pas
fortement diminué depuis quelques décennies (de 3 % entre 1979 et 1990). C’était la dégradation
de la qualité de la forêt qui restait importante : en 1986, il était estimé que 45 % de la surface
forestière des zones de montagnes n’avaient qu’une couverture forestière de 10 à 40 % (Gilmour
& Fisher 1991).
Cette dégradation était en partie due à la demande croissante de produits forestiers ligneux et
non-ligneux (fourrage, litière, etc.) et à la pâture extensive. L’apport de fertilité pour les terrains
agraires provenait en large partie des zones « forestières » : différentes estimations donnaient
une proportion de 1,5 ha à plus de 8 ha de surface non cultivée/forestière nécessaire pour
appuyer la production d’un ha de terre cultivée (Robinson 1986). La nationalisation des forêts en
1957 avait aussi réduit l’intérêt des communautés à gérer les forêts pour lesquels des modes
traditionnels de gestion avaient parfois évolué pendant les décennies précédentes. Le
développement des capacités du Service forestier protectionniste et policier renforçait le
sentiment des populations d’exclusion d’accès à ces ressources et donc l’érosion de
responsabilité pour leur gestion durable, ou l’empêchement de son développement. Les
plantations décrites comme « plantations communautaires » étaient en majorité établies selon un
accord entre le Service forestier et les autorités communales (qui représentaient généralement le
pouvoir politique central et peu la voix de la population). Les deux parties en obtenaient souvent
des avantages annexes leur permettant aussi d’accroitre leurs réseaux de pouvoir. La population
locale n’était souvent pas impliquée dans les prises de décisions ni informée concernant la
répartition des bénéfices futurs. Les familles pauvres en particulier, qui dépendaient d’autant plus
pour leurs moyens d’existence de la collecte de produits forestiers ligneux et non ligneux
(autoconsommation et vente), se sont vues de plus en plus exclues d’accès à une ressource
cruciale pour leur survie. Les plantations étaient essentiellement de pins, essences peu désirées