5-32
serre, au travers de la réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts. La prise en
compte de ces enjeux globaux provoque une véritable mobilisation générale, des niveaux
régionaux, étatiques, locaux, communautaires. Si toutes les parties prenantes sont aujourd’hui
impliquées, leurs motivations restent néanmoins très hétérogènes, sinon ambigües. Bien au-delà
des enjeux de réchauffement de la planète, c’est l’intérêt de revenus conséquents pour le pays et
les acteurs à tous niveaux qui a d’abord été perçu. Ainsi en 2007 lors de la préparation de la
conférence sur le climat de Bali, certains auteurs ont pu estimer que la vente de crédits carbone
sur le marché volontaire, liée à la réduction de la déforestation, pourrait représenter un revenu
annuel pour l’Indonésie jusqu’à 10 milliards d’USD par an (Thoumi et al., 2007). La mise en
œuvre du mécanisme REDD+ est un exercice qui se révèle être de longue haleine, avec des
coûts de transaction élevés. À titre d’exemple, pour l’Afrique centrale, un recensement récent de
l’ensemble des fonds de préparation au mécanisme REDD pour la région a dénombré un total de
200 millions d’Euros de projets de financements d’horizons variés (J.M. Noireau, COMIFAC,
PFBC 2012). La mise en place des mécanismes REDD+ nécessite de réformer l’ensemble des
procédures nationales de suivi et de contrôle des forêts, mais aussi d’intervenir auprès de
l’ensemble des politiques sectorielles nationales ayant un impact sur la déforestation, dont
l’agriculture, les transports, les mines ou l’énergie. Sous couvert de REDD c’est donc l’ensemble
de la gouvernance du développement national qui est mis en jeu pour chaque pays, tel qu’en
traitent plusieurs études de cas de cet ouvrage (voir par exemple l’étude de cas d’Alain Karsenty
dans ce chapitre 3).
Sur la même période de la décennie passée, les initiatives commerciales européenne et
américaine, avec FLEGT (Forest Law Enforcement, Governance and Trade) pour l’Europe et le
Lacey Act pour les États-Unis, ont également des retentissements forts sur la gouvernance des
forêts du monde. Ces deux entités se sont dotées de règlements commerciaux qui visent à
interdire l’entrée sur leur territoire de bois ou de produits à base de bois qui aurait été exploité de
façon illégale dans leur pays d’origine. La montée en application de ces accords commerciaux
nécessite de la part des pays producteurs une définition de leurs référentiels de légalité, ainsi
qu’une réorganisation en profondeur de l’ensemble de leurs circuits de production, avec
l’établissement de mécanismes de traçabilité de l’arbre en forêt jusqu’au morceau de bois débité
et exporté.
Enfin, un autre mécanisme émergent est celui de l’entrée dans le jeu de la gouvernance
forestière d’une nouvelle catégorie d’acteurs, qui sont les auditeurs et les observateurs
indépendants.
Les entreprises privées d’audit sont régulièrement sollicitées pour certifier la conformité des
procédures, telles que mises en œuvre par un exploitant forestier par exemple, par rapport à une
norme de référence, qu’elle soit légale ou volontaire. La réputation de ces entreprises
commerciales d’audit est le principal garant de leur neutralité. Ces auditeurs reçoivent parfois un
mandat de service public, qui peut aller jusqu’à la collecte de taxes ou au contrôle de légalité.