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5. 6 État des lieux et perspectives de la recherche agronomique
mondiale. Enjeux pour la recherche forestière
Alain BILLAND
Alain BILLAND,
Chef de l’Unité de Recherche - Head of Research Unit « Biens et Services des
Écosystèmes Forestiers tropicaux » (B& SEF), Département Environnements et Sociétés du
CIRAD,TA C-105/D, Campus International de Baillarguet, 34 398 Montpellier Cedex 5 France,
alain.billand@cirad.fr
Le contexte général
Les récentes émeutes de la faim avec les brusques variations des cours de denrées agricoles
alimentaires et énergétiques, la médiatisation des « accaparements de terres » notamment
forestières ainsi que les conséquences préoccupantes du changement climatique sur la
productivité agricole ont rappelé à la communauté internationale l’urgence de remettre
l’agriculture sur le devant de la scène. Le rapport de la Banque Mondiale sur le développement
du monde de 2008 (Banque Mondiale, 2008) faisait ainsi un plaidoyer pour replacer le secteur
agricole au centre de l’agenda mondial de l’appui au développement après plus de deux
décennies de très fort recul. Ainsi, alors que 75 pourcent de la population la plus pauvre dans le
monde vit dans les régions rurales des pays en développement, seulement 4 % de l’aide publique
au développement va à l’agriculture.
Ces perspectives viennent souligner l’essoufflement du modèle d’accroissement de la production
agricole mondiale permis par la révolution verte des années 60 à 90. Ce modèle a été ancré sur
trois piliers techniques de la production que sont : l’amélioration des variétés, l’apport d’intrants
(fertilisants et pesticides) et une maîtrise des apports d’eau, notamment par l’irrigation.
Aujourd’hui les gains de productivité ne sont plus aussi spectaculaires (quintuplement des
rendements de blé par exemple entre 1950 et 2000). Les conséquences sociales et
environnementales des changements de pratiques introduits par les intrants et l’irrigation se font
ressentir sur la baisse de la fertilité des sols, sur des atteintes à la santé humaine, sur la
détérioration de la qualité des écosystèmes, etc.
La communauté scientifique internationale est ainsi interpelée. Une nouvelle forme de
coopération mondiale pour la recherche agronomique est en cours de mise en place, dont les
principales étapes sont présentées ci-dessous. Avec une impulsion du Forum mondial de la
recherche agricole (GFAR), le Groupe consultatif pour la recherche agronomique internationale et
ses 15 centres internationaux sont en cours de réforme, pour faire émerger des programmes
concertés de recherche (CRP), dont l’un est spécifiquement dédié aux questions de forêt, arbres
et agroforesterie.
La prise en considération des enjeux spécifiques à la forêt, dans le cadre d’une réforme globale
de la recherche agronomique, vient du constat d’un ensemble de menaces d’une intensité sans